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Mer 12 Juil - 2:35
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Le soleil commence à monter dans le ciel, lentement. J’aime regarder le jour se lever. Je dois être l’un de ceux qui se réveille le plus tôt, à l’aurore, pour commencer sa journée. A mon âge, je ne dors plus autant qu’avant, bien que je n’ai jamais été un gros dormeur de toute façon. Alors j’en profite pour apprécier l’air frais du matin. J’aime sentir cet air, cela me fait penser que je suis bel et bien à l’extérieur, et pas bloqué à l’intérieur des souterrains. C’est ça qui m’empêche partiellement de dormir. A cause de ce qu’il s’est passé. Un soupir s’échappe de mes lèvres avant que je ne m’allume une cigarette. Dehors, je ne pollue personne. Personne ne vient me faire de réflexions désobligeantes parce que j’asphyxie avec ma fumée. Eh bien, on va tous mourir un jour, autant que ce soit de quelque chose de toxique plutôt qu’un assassinat en bonne et due forme. Je m’estime également chanceux de vivre encore, tout en espérant pouvoir vivre encore quelques années, qu’elles soient heureuses ou non.

Regarder l’aurore disparaître est un rituel que j’accomplis chaque matin, que je sois en mission ou non. Cela me permet de rester calme, de me vider l’esprit, et de partir sur de bonnes bases chaque jour, sans me prendre la tête pour quoi que ce soit. Un rituel que j’accomplis depuis plus de trente ans. Comme quoi, c’est dur de perdre ses petites habitudes. Ma maison est le seul endroit où je peux caresser l’espoir de me détendre un petit peu. Pas besoin de crier après les flemmards qui composent la Brigade, pas besoin de courir après tous ces petits cons qui ne font pas leur travail pour leur mettre mon pied au derrière, et ainsi espérer vainement qu’ils fassent quelque chose de leurs dix doigts. Je soupire, en retournant à l’intérieur. Un intérieur meublé du strict nécessaire. Mon chat qui se prélasse tranquillement sur le fauteuil, avant de revenir se frotter à ma jambe en ronronnant. Je souris. Voilà la seule créature qui ne tentera jamais un sale coup derrière mon dos, et je lui en suis reconnaissant pour ça.

Suite à ça, je m’en vais revêtir mon uniforme. Aujourd’hui est un jour assez particulier, puisque je vais aller à la rencontre des religieux. C’est quelque chose que je n’ai pas fait, néanmoins durant le rassemblement de Fritz, j’ai aperçu l’un des leaders des religieux. Un rouquin dont j’ai oublié le nom, et dont on me rapporte certains de ses faits et gestes. Alors plutôt que de leur chercher directement des problèmes, j’y vais en ami, pour tenter de comprendre le pourquoi du comment. Je ne cherche pas à entrer en guerre avec eux, uniquement pour comprendre, et tenter de connaître leurs véritables intentions.

L’une des chapelles, l’endroit où je me rends, est à Yalkell. Voilà pourquoi je pars tôt. Pour ne pas arriver trop tard dans un autre district lorsque je dois me déplacer. Tous ces bons à rien se passeront bien de moi aujourd’hui. Je deviens de moins en moins patient avec tous ces petits jeunes de la Brigade. Ceux qui veulent faire quelque chose, je les encourage, je les soutiens, mais les autres… Je me demande bien comment ils ont réussi pour en arriver là tout simplement. C’est une chose que je me demande constamment d’ailleurs. Comment ils ont fait. Une bande de bons à rien. Enfin, j’ai dit que je ne m’occuperais pas d’eux aujourd’hui. Seule ma rencontre avec un ou une religieus(e) m’intéresse.

La route pour aller jusqu’à Yalkell est longue, et ennuyeuse. Enfin, c’est le lot quotidien de ceux qui ont la chance de pouvoir aller d’un district à l’autre sans être ennuyé par les soldats à chaque entrée des portes. A chaque fois que je passe dans cette campagne, je me dis qu’on a de la chance de pouvoir vivre sereinement à Sina. Grâce aux sacrifices réguliers du Bataillon qui s’acharne à vouloir percer un mystère dont on ne voit pas le bout, malheureusement. J’aurais dû être dans le Bataillon. J’aurais dû me battre avec eux. Je serais même peut-être mort si j’y avais été. Pourtant je suis dans la Brigade, proche de Nile. A me demander encore où est-ce que je me suis trompé dans mon parcours ? Enfin, je ne peux pas dire que je n’ai pas réussi, loin de là. Comme on le dirait vulgairement, je me suis sorti les doigts, pas comme la plupart de ces soldats que je côtoie régulièrement, voire quotidiennement. C’est triste à dire, mais les temps ont changé. Ou alors ce sont les gens qui ont changé. Quelque chose n’est plus pareil. Aujourd’hui, aller dans la Brigade signifie être loin des titans, loin des emmerdes. Ici, à Sina, tout n’est que complots, magouilles et compagnie. Rares sont les gens vraiment honnêtes, qui ne te sourient pas devant pour mieux te poignarder par derrière. Par moment, ça me désespère. Est-ce qu’on arrivera à faire quelque chose ? Peut-être que oui, peut-être que non, et c’est bien dommage. C’est la vie, comme dirait l’autre.

A force de penser, de perdre mon regard dans le décor, je me rends compte que le voyage est terminé. Je ne me suis même pas rendu compte que je somnolais. La secousse de l’arrêt du véhicule et les hennissements des chevaux m’ont remit les pieds sur terre. Je sors, saluant l’homme qui m’a conduit jusqu’ici d’un mouvement de tête avant de lui lancer quelques pièces. Puis je me dirige vers le lieu où je dois me rendre. J’ai fait repérer l’endroit quelques jours auparavant, pour que je sache où me rendre. A quoi m’attendre ? Je n’en ai aucune idée, je verrais bien une fois sur place. Je ne sais pas qui je vais rencontrer, s’il y aura du monde ou non dans cette chapelle. Je n’ai réunis qu’un minimum d’information là-dessus. Néanmoins, je n’ai qu’un nom. Bonnie Hawthorne. C’est le nom de la femme qui dirige certainement cette chapelle. Une religieuse donc, si je me fie aux informations que l’on m’a transmise.

Au bout de quelques minutes, je vois enfin cette chapelle, un peu à l’écart. Petite, mais joliment décorée, j’imagine que c’est un lieu de culte prisé, où tout le monde peut s’y réfugier pour prier. Pour ma part, je suis athée. Je ne crois pas spécialement à un dieu quelconque. Si je n’ai pas des faits concrets, difficile pour moi d’y croire. Je n’hésite pas une seconde et je pousse la porte pour pénétrer à l’intérieur de la bâtisse. L’intérieur semble chaleureux, tout est fait pour accueillir des fidèles. Des bancs sont installés pour prier. Un autel est présent à l’opposé de l’entrée. Les lumières se composent de chandelles, toutes allumées pour un éclairage optimal de la salle. Il y a quelques personnes, deux-trois, installées sur les bancs du fond. Je m’avance en silence, je ne veux pas les déranger dans leurs prières, par simple respect des différents mœurs, bien qu’ils ne soient pas mien. Je cherche des yeux une femme, tandis que je m’approche de l’autel. Je reste au niveau du premier rang de bancs, balayant la salle des yeux de mon œil valide, comblant mon angle-mort en tournant la tête d’un côté, puis de l’autre. J’ignore à quoi elle ressemble. Peut-être est-elle dans une autre pièce. Qui sait ce qu’une chapelle peut receler comme secrets ? Comme trésors ? Beaucoup de choses, bien plus que le commun de la population ne semble penser.


« Bonnie Hawthorne ? »

Autant commencer quelque part. Je regarde par-dessus mon épaule pour observer les personnes du fond. Elles n’ont pas relever la tête, signe que soit elles sont bien trop concentrées en psalmodiant quelques paroles dont je ne comprendrais, sans doute, jamais le sens, soit elles se contentent d’ignorer ma présence. Je guette une quelconque venue d’une personne. Mon œil s’est habitué à la différence de luminosité, ce qui me laisse le loisir de regarder tout autour de moi. Je n’ai pas pris mon arme avec moi, en espérant que ce ne soit pas une erreur, mais je ne prends jamais d’arme lorsqu’il faut que j’aille dans un endroit sacré, par pur respect pour l’endroit.
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Mer 12 Juil - 20:11
Ave Maria.
Heath & Bonnie
L’aveugle attendait de la visite. Elle ne savait pas quel jour exactement, un inconnu pointerait le bout de son nez pour la voir, elle, la Grande Prêtresse dont beaucoup parlent. Ses oisillons lui avaient rapporté une présence suspecte. L’armée, des sous-fifres, certainement. Ou peut-être des athées en quête religieuse. Quoiqu’il en soit, ils étaient venus, avaient jeté un coup d’œil, et puis étaient repartis aussi sec. Cela arrivait assez régulièrement, à vrai dire. Plus rien ne surprenait la rousse. Le culte et la foi attirent des personnes de tous les horizons. Par curiosité, par moquerie, pour se convertir… Ce n’était donc pas rare qu’on la prévienne qu’une visite non désirée allait se produire. Peu importe qui se présenterait à elle, Bonnie serait sous son meilleur jour. Ce matin n’était pas une exception.

Un peu plus tôt que d’habitude, la rousse s’était réveillée. Inutile de savoir l’heure, de pouvoir la lire, elle devinait que le jour venait à peine de se lever. Il y avait peu de bruits dehors, seulement celui des ménages s’activant à préparer le petit-déjeuner pour celui qui travaille tôt. Avec beaucoup de soin, elle démêla sa chevelure. Tout le monde la disait rousse, flamboyante, avec des reflets cuivrés au soleil. Bonnie, elle, la voyait courte, soyeuse, entretenue et avec peu de nœuds au réveil. Ses gestes étaient parfaitement maîtrisés. C’étaient les mêmes chaque matin, chaque soir, et ce seraient les mêmes jusqu’au jour où elle fermerait les yeux pour aller auprès de Dieu. Aveugle, mais qui ne se laisse pas pour autant dépérir. L’apparence est primordiale pour Bonnie, elle refuse d’attirer la moindre pitié. Jamais depuis son enfance elle n’a mal vécu son handicap, au contraire, il lui permet de ne pas voir les murs souillés, l’armée qui pavane, ou le visage de la populace grouillante. Un cadeau de Dieu, lui permettant d’avoir ce lien intime avec Lui et de pouvoir être une élue capable d’entendre sa voix.

Au touché, elle choisit sa toilette. Le temps était plus chaud depuis quelques jours déjà et elle ne voulait pas peiner à supporter sa robe. Avec lenteur, elle retira ses habits de la nuit pour revêtir ceux du jour. Lorsqu’elle finit de remettre en place sa chevelure du bout des doigts, un oisillon toqua à sa porte. D’un bref son, elle l’invita à entrer et prit place devant sa coiffeuse, sans miroir. Une odeur de fruits rouges arriva aussitôt à ses narines tandis qu’elle recouvrit sa tasse, pour indiquer qu’elle ne voulait pas de sucre ce matin-là. L’oisillon, dont la langue était coupée depuis son enfance, resta muet, si l’on peut dire. Lorsqu’elle termina la dernière goutte de son breuvage, il se chargea de délicatement essuyer les lèvres de la Prêtresse. Puis, sachant pertinemment qu’elle ne toucherait pas une miette du reste de son repas, il débarrassa le plateau et laissa son guide spirituel, seul. Il ne manquait plus que son chapelet autour de son cou pour que Bonnie soit prête pour cette nouvelle journée de prière et de chants.

Le chemin entre son habitation et la chapelle où elle se rend chaque jour n’est pas long. Quelques minutes, tout au plus. Evidemment, elle ne pouvait pas vivre plus loin, autrement l’aide d’un oisillon lui serait sûrement nécessaire pour marcher. Mais ce chemin, elle le connaissait parfaitement. Les habitants n’avaient aucun mal à reconnaître la Prêtresse, s’ils la voyaient en peine, ils lui proposaient de l’aide, mais jamais Bonnie n’avait besoin du petit peuple. Dieu guidait son cœur vers sa demeure. Ce matin-là, elle le sentit. Son visiteur viendrait. Homme, femme, son sixième sens n’allait pas plus loin. Il fallait qu’elle soit prête, alors elle enfila son masque invisible. Son sourire était charmant, charmeur, chaleureux. Un homme la salua, alors qu’elle atteignait le lieu de culte. Des fidèles étaient déjà présents, prêts à dévouer quelques minutes de leur matinée aux prières. Rien ne pouvait lui faire plus plaisir, si ce n’est peut-être, d’apprendre que l’armée est décimée.  D’une doublure de sa robe, elle sortit la clé de la demeure du Seigneur. Lorsqu’elle ouvrit les portes, l’odeur des chandeliers qui avaient brûlés toute la nuit était presque étouffante. Bonnie était évidemment la première à entrer dans le cœur de Dieu, suivit des fidèles qui prirent place dans les rangs les plus reculés.

Jamais, ô jamais, elle ne se lasserait de ressentir les battements de son cœur qui s’intensifient lorsqu’elle se trouve au plus près du Seigneur… Encore trois pas, deux pas, un pas. La Prêtresse s’arrêta, juste devant la représentation de Dieu. Elle l’imaginait fort bien, malgré sa cécité. Elle fit une révérence, comme chaque matin, pour se présenter au Créateur. Il était maintenant temps de se recueillir, seule, sans la présence de vulgaires croyants. Une petite pièce, sans lumière ni fenêtre, lui était dédiée. Rares étaient les personnes osant pénétrer dans ce lieu, particulièrement apprécié par la rousse. Quelques pas encore et elle se trouvait au centre de la pièce. Elle s’agenouilla, attrapa sa croix et joignit ses mains. Rien n’était plus plaisant que de prier de bon matin. C’étaient ses instants d’intimité avec son unique Amant. Après seulement, elle offrirait temps et voix au partage de l’amour de Dieu, aux louanges de sa Sainteté et à l’adoration des murs protecteurs.

« Bonnie Hawthorne ? »

Pas de doute possible, c’était la voix de son visiteur attendu. Elle lui parvint à peine aux oreilles, tant elle était dévouée à sa prière. Personne n’aurait eu le toupet, ou le courage, de l’interpeller, de la chercher, lorsqu’elle se trouve dans sa pièce. Cela ne pouvait qu’être un inconnu ne connaissant pas ses rituels. Evidemment, elle ne se pressa pas pour finir de se recueillir. Jamais il ne lui est venu à l’esprit de torcher – comme dirait le bas peuple - les pensées pour son Seigneur. Le visiteur attendrait et peut-être alors gagnerait-il son attention. Plusieurs minutes s’étaient écoulées. Avec lenteur, elle se remit debout et quitta sa petite pièce sans lumière. Du bout des doigts elle se guida en touchant les bancs à disposition des fidèles. Le bruit des petits pas de son oisillon muet, s’activant à rallumer chaque bougies éteintes ou à changer celles en fin de vie, lui parvint aux oreilles. Autrement, il n’y avait aucun son. Le silence régnait dans la maison du Seigneur, ce qui n’étonna pas la Prêtresse. Les fidèles avaient ignoré, pour une raison ou une autre, l’appel de cet homme.

« Celle que tu cherches est là, visiteur. Viens à moi pour que je puisse te répondre. Tu ne trouveras personne d’autre ici pour toi. Les fidèles de Dieu ne t’entendent plus et mon petit moineau a perdu la capacité de parler il y a de cela bien longtemps. » Dit-elle, alors qu’elle prenait place sur le banc le plus proche de sa pièce, mais aussi le plus avancé vers l’autel.
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Lun 17 Juil - 12:00
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J’ignore encore pourquoi, pourtant les endroits religieux me procurent deux sensations bien distinctes : la première étant l’apaisement. Je me sens comme… Calme, serein, comme si toute mauvaise pensée a quitté mon esprit, pour le laisser vide, me donnant l’impression d’être tout simplement bien. La deuxième est clairement opposée. Ce genre d’endroit me donne l’impression d’être oppressé, observé par une entité invisible, qui est là, qui juge. C’est un sentiment vraiment étrange, et qui me met mal à l’aise inexplicablement. Probablement parce que je n’ai pas cette foi que partagent tous les religieux. Chacun ses mœurs, chacun ses croyances.

J’ai tout le loisir d’observer l’intérieur de la chapelle. Je ne m’en lasse pas, j’apprécie tout particulièrement certains détails, alors ça ne me dérange pas spécialement d’attendre. J’aime les belles choses, et ici, l’oeil qui me reste n’est pas mécontent de voir ce spectacle. Je tourne la tête lorsque je perçois du mouvement. Un homme s’affaire en silence pour allumer des bougies. J’observe en silence les déplacements silencieux, tel un chat, de ce fidèle. Je commence à douter de la présence de ladite Bonnie. Néanmoins, je relève la tête lorsque j’entends une voix. Une voix féminine, qui m’invite à la rejoindre. Alors je suis la voix, pour me rendre auprès de cette femme que je suis venu voir.

Personne pour me répondre ? Les fidèles de Dieu qui ne m’entendent plus ? C’est une chose que j’ai remarqué avec pas mal de facilité cela dit. Petit moineau incapable de parler ? Mon regard glisse subtilement vers celui qui vient de terminer d’allumer ou d’éteindre les bougies, avant de reposer les yeux sur Bonnie pour l’observer. Je la laisse s’assoir. Son regard semble fixé droit devant elle. Aveugle ? C’est ce que certaines personnes prétendent quand je leur demande. Néanmoins, ça ne les a pas empêché de me répondre. Je lui prends la main avec délicatesse pour y déposer un baiser galant, courtois, pour la saluer. Je suis toujours comme ça quand je rencontre une femme qui n’est pas de l’armée. De plus, Hawthorne mérite respect pour ce qu’elle fait. Enfin du moins, je suis du genre à témoigner du respect pour ces personnes-là, bien que je ne comprenne ni leurs croyances, ni leurs mœurs.


« Je suis le capitaine Heath Baskerville, de la Brigade Spéciale. Honoré de vous rencontrer enfin, m’lady. »

Je lâche ensuite sa main sans geste brusque. J’ignore ce qu’elle pense de la Brigade. Si elle est du genre à les exécrer parce que ce sont tous des fils de chiens qui ne protègent que leurs propres intérêts, faisant toujours passer leur gueule avant le reste. Si elle se fermera parce que je suis justement de la Brigade, et qu’on sait tous qu’il ne faut pas se fier à ce corps d’armée pour leur taux de corruption très, très élevé. Ce serait vraiment dommage de louper le coche et perdre une information, ou même une rencontre à cause de ça. Voilà pourquoi je n’y prête pas attention. Pas de mensonge dans la maison du Seigneur.

Après tout, le mensonge, n’est-ce pas péché ? Comme la corruption et l’avarice certainement. Je penche lentement la tête en la regardant. Cette femme est d’une grande beauté, je le conçois. De magnifiques cheveux, un visage fin… Habillée avec élégance, sans dégouliner de ce côté ostensible pour se faire voir, pour être vue. Je reste debout, à l’observer. Même aveugle, elle doit savoir quand quelqu’un l’observe, que ce soit avec insistance ou non.


« Vos fidèles, ou même les passants en ville ont tous une bonne opinion de vous, cela titille ma curiosité de voir quel visage ils aiment tant. »

Je ne cherche pas à la flatter, j’ai perdu la technique pour le faire justement. Je ne suis qu’une vieille chose qui cherche à faire son travail jusqu’à sa mort sans doute. C’est triste à dire. Enfin, je n’ai pas les mains propres, et venir dans la maison de Dieu est quelque peu ironique, surtout pour moi. Enfin, s’il n’y a que les gens pures qui peuvent aller dans les chapelles, alors personne n’irait, tout simplement. Je jette un regard aux fidèles en train de prier au fond. L’un d’eux me regarde d’un air mauvais, comme si je viens troubler le calme dans lequel il est en train de prier. C’est un peu le cas, je ne peux lui en vouloir. Néanmoins, je suis surpris par la férocité de ce regard. Comme quoi, il n’y a pas que de la pureté ou de l’innocence dans ces hommes et ces femmes qui prient. Prient-ils pour leur salut ? Intéressant. C’est possible après tout. Je garde cette information dans un coin de mon esprit, histoire de pouvoir poser la question à Bonnie plus tard.

« J’en viens au fait. J’ai pu apercevoir l’un de vos hommes lors du rassemblement du Roi. Un rouquin. Je ne viens pas vous demander qui il est, je ne compte pas l’arrêter. »

Je marque une pause. Je ne cherche pas à la menacer. Je ne respire pas l’hostilité, seulement une envie de converser, de comprendre des choses qui m’échappent. Je ne peux vérifier la véracité des futurs propos de Bonnie, elle peut me raconter n’importe quoi. C’est à ce moment-là que je vais devoir arriver à distinguer le vrai du faux. Je ne me fie jamais à ce qu’on me raconte. J’ai été habitué aux menteurs, aux escrocs. On l’est un peu tous au fond de nous au final. Reprenant une inspiration, je poursuis sur ma lancée.

« Cependant, l’objectif des religieux m’échappe. Vous protégez les murs, n’est-ce pas ? »

De nouveau je marque une pause. Je parle lentement, je choisis mes mots. Ca fait de moi un bon orateur au final. Je ne me précipite pas, jamais, je cherche toujours mes mots avant de les dire, c’est une des armes les plus puissantes et ceux qui savent s’en servir contrôlent le reste. Voilà pourquoi j’admire autant que je me méfie des religieux. Ils peuvent vous servir de magnifiques paroles sur un plateau d’argent pour au final vous poignarder dans le dos parce que vous avez eu le malheur de leur faire confiance. Enfin, c’est difficile de se faire confiance à soi-même par les temps qui courent.

« Savez-vous quoi que ce soit d’important par rapport aux murs ? Renferment-ils réellement des titans ? »

On dit qu’il y a des titans à l’intérieur, mais entre le « on dit » et le reste, il y a un fossé. Je ne suis pas allé vérifier par moi-même mais d’autres l’ont vu visiblement, alors ça sera sa parole contre celles de ceux qui ont vu cette monstruosité.
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Mar 18 Juil - 18:07
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Une fois assise, elle prit le temps de lisser sa robe. Les pas du visiteurs se rapprochaient d’elle, Bonnie ne s’était pas trompée en ressentant sa présence dans la chapelle. Malgré le temps qu’avait mis la religieuse pour achever sa prière, il n’avait pas déserté. Tous les Hommes ne sont pas aussi patients. Pas même ceux qui font le déplacement juste pour insulter la Prêtresse ou critiquer sa foi. Un bon point pour lui et une qualité qu’apprécie fortement Bonnie. Le chemin vers Dieu ne se fait pas en quelques jours. Apprendre du Seigneur, comprendre ses paroles et ses lois nécessite temps et patience. Tout fidèle n’étant pas capable de le reconnaître l’exaspère au plus haut point.

Lorsque le visiteur lui prit l’une de ses mains pour y déposer un baiser, par pure respect, elle le laissa faire. Bonnie était habituée à recevoir ce genre de salutations des personnes les plus nobles ou bien du reste de la population. Un mal pour un bien, ce geste représentait le respect qu’on lui devait, mais aussi un contact physique qui la répugnait. La Prêtresse ne repousse pas les fidèles désirant lui témoigner courtoisie et politesse, mais elle s’en passerait bien volontiers. Le corps d’autrui, le contact charnel, la tendresse d’un geste, la rousse n’en a que faire. Seule la main de Dieu peut la séduire, seul le corps du Créateur peut l’attirer. L’homme lui relâcha la main et elle se retint, comme à chaque fois, d’en essuyer le dos sur sa robe.

Et puis, il entama les présentations : son visiteur venait bel et bien de l’armée, de la Brigade Spéciale, pour être plus exact. La Prêtresse sentit le duvet sur sa peau s’hérisser. Aucun corps de l’armée ne valait son respect, pas même ceux censés protéger le Roi. Quelle mascarade cette Brigade Spéciale ! Egoïstes, lâches, fourbes, corrompus… Leur réputation n’est plus à faire, chacun a son avis et celui de la religieuse n’est évidemment pas glorieux. Néanmoins, ne sachant pas quel était le motif de la venue du capitaine Baskerville, elle n’émit aucun commentaire. A son tour, elle se présenta, bien que visiblement, sa réputation était parvenue aux oreilles du soldat.

« Bonnie Hawthorne, Grande Prêtresse au service de notre Seigneur. »

Elle inclina légèrement la tête, quelques instants seulement, et le capitaine continua son discours. Il lui parla de sa popularité au sein du peuple et de l’amour de ses fidèles. Ce n’était pas un secret pour la rousse : c’était voulu. Il n’y a pas meilleur moyen pour arriver à ses fins que d’être adoré et que l’on place sa confiance dans vos paroles. Son rôle n’était pas choisi au hasard, ni ses apparitions, ni ses mots. Un fin sourire apparu sur son visage et elle feignit d’être gênée par les propos du soldat. En réalité, son orgueil se portait parfaitement bien.

Heath évoqua le rassemblement du Roi et le fait qu’il ait aperçu un « rouquin ». Il pouvait bien la rassurer, lui dire qu’il n’avait pas pour but de l’arrêter, elle n’imaginait pas qui il pouvait désigner ainsi. De tels détails étaient inutiles aux yeux de l’aveugle. Parmi le Culte, ses fidèles, ses connaissances, ses pions, elle connaissait certainement plusieurs roux, mais elle n’en avait pas la moindre idée. Le soldat, comme toutes personnes évoquant des détails physiques, des paysages, des couleurs, ou toutes autres informations nécessitant la vue pour les comprendre, faisaient toujours sourire la Prêtresse. La vue emprisonne l’Homme dans des détails parfaitement inutiles. Quand bien même l’homme aperçu serait blond ou chauve, la vie de la religieuse ne changerait pas d’un poil.

Il en venait au fait : l’objectif des religieux, la protection des murs. Bonnie n’appréciait guère évoquer les saints remparts de Dieu avec l’armée. Elle les piétine, les salis, les ridiculise, les bafoue… Elle ne les connait pas et ne cherche pas à comprendre leur caractère sacré. L’armée veut des réponses, mais elle ne les mérite pas. Voilà, le capitaine était en quête de vérité : les murs abritent-ils véritablement des Titans ? Une question qui leur brûle les lèvres depuis le combat entre deux créatures de Dieu à Stohess. En prenant une grande inspiration, la Prêtresse indiqua la place à côté d’elle. Le soldat n’allait pas rester debout, la discussion risquait d’être longue, à moins que la religieuse y coupe court rapidement. Elle seule serait maîtresse de ce sujet. Elle seule possédait les réponses tant attendues par le soldat. Elle seule choisirait d’en dévoiler un détail ou non.

« Nous protégeons et aimons les murs. Ils sont la création de notre Seigneur, le tout puissant. Ils sont la réincarnation de nos Déesses adorées. Elles nous protègent, ils nous protègent, Il nous protège. Nous leur sommes dévoués, tout autant que nous sommes dévoués à notre Père. »

Son discours, elle le connaissait par cœur. C’était un peu toujours le même qu’elle servait aux sceptiques, aux hérétiques, aux athées et à l’armée. Il n’y avait, selon elle, rien de plus simple à comprendre que le Culte. Lorsque vous obtenez la pleine protection, n’est-il pas juste d’apporter amour et respect en échange ? Peut-être que les paroles de Bonnie n’étaient pas assez simples pour le capitaine ? Fallait-il qu’elle s’abaisse à son niveau pour parvenir à toucher son cœur et sa raison ? La religieuse poussa un soupire, attristé que son adoration pour les murs ne soit pas partagé.

« Je sais malheureusement que l’esprit du Seigneur n’est pas parmi tous les Hommes, mais ne trouvez-vous pas naturel d’adorer les remparts qu’il nous a gracieusement offert afin que nous puissions vivre, prier, aimer et honorer sa puissance ? »

Elle ne s’attendait pas à ce qu’ils s’accordent sur cet avis. Les idées de l’armée et du Culte ne peuvent pas aller de paire, c’est un fait. Trop de différences, trop d’incompréhensions, trop de jugements. Le capitaine la prendrait certainement pour une illuminée embourbée dans une secte. Son avis lui importait peu, seuls ses propres efforts pour diffuser la foi étaient ce qui comptait aux yeux de Dieu. N’attendant pas réellement de réponse de la part de son visiteur, elle enchaîna sur la question, la fameuse, celle qui circulait un peu partout, qu’on prononçait ou non.

« Je ne suis qu’une messagère de Dieu, capitaine. Pardonnez ma simplicité, je suis ici pour chanter ses louanges et apporter paix et foi à tous ceux qui m’accordent leur attention. La seule chose importante que je sais à propos de nos vénérés murs, c’est que je les aime, de tout mon cœur, autant que notre puissant Créateur, et qu’ils me renvoient mon amour au travers de leur protection. »

Malgré la simplicité de son rôle, ou plutôt de sa couverture, la Prêtresse était parfaitement capable de répondre au capitaine : oui, les murs sont constitués de gigantesque Titans. Mais était-il prêt à l’entendre ? Etait-il digne qu’elle le lui dévoile ? Etait-elle prête à avouer être bien plus qu’une chanteuse ? Etait-elle prête à divulguer les secrets de ce monde ? Une seule réponse pour toutes ces questions : non. Ce matin, Bonnie la douce chanteuse, la Grande Prêtresse, n’ajouterait pas à ses bagages le nom de Porteuse de Vérités. Toujours dans son rôle, elle se permit un geste tactile. Bien que cela ne l'enchantait pas particulièrement, il fallait parfois faire des choses repoussantes pour arriver à ses fins. Les fidèles apprécient lorsqu’elle pose sa main sur leur épaule ou le dos de leur propre main. Peut-être que cela aura les mêmes vertus sur le capitaine. Peut-être qu’avec un peu de chance, et beaucoup de miracle, il ressentirait sa passion.

« Voyez, capitaine, je suis aveugle. Je ne blâme pas notre Seigneur pour ma cécité, bien au contraire je le remercie d’avoir pu me permettre de développer ma voix et mon ouïe… Mais comment aurais-je pu voir quoique ce soit à propos des murs et des Titans ? N’êtes-vous pas mieux placé pour vous assurer que ce qui se dit est un mensonge ou la vérité ? »
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Jeu 20 Juil - 0:43
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La jeune femme me dévoile son identité, à l’instar de ce que j’ai fait précédemment. Bonnie Hawthorne, Grande Prêtresse… Tiens donc. Ils se donnent ce genre de rang au sein des religieux ? Bah, qu’importe. Je ne comprendrai jamais rien à toutes ces conneries de religion. Malheureusement, pour moi ça reste de l’ordre de la connerie. Alors je suis sûrement un hérétique qui mérite le bûcher, mais croire des choses qui n’existent pas c’est pas vraiment mes principes premiers.

Je respecte ceux qui ont cette « foi » que je n’ai pas, mais je ne sais pas comment ils font. J’ignore comment fait Bonnie pour y croire. Enfin, après si elle se complait dans ce qu’elle fait, tant mieux pour elle. Néanmoins, les religieux sont des personnes mystérieuses qui cachent beaucoup de choses, mais surtout beaucoup de savoirs qu’ils ne veulent pas partager. Du moins à mon avis.

Je prends place à côté d’elle lorsqu’elle m’invite à m’assoir. Quelque chose dans son attitude me laisse sceptique. Je ne saurai dire quoi, mais il y a une certaine distance installée, entre elle et le reste. Ou alors, c’est simplement l’impression que j’ai parce que je ne suis pas familier de ces endroits, de ces mœurs, et que je ne suis pas à l’aise, même si je respecte les lieux et les personnes qui se disent « saintes » ou simplement « croyantes ». J’écoute la prêtresse en silence, attendant d’avoir des informations. Ce que je sais déjà, ou si elle va m’apprendre d’autres choses. Ce qui ne serait pas trop mal d’ailleurs.

Enfin bon, après je discute avec quelqu’un qui vénère les murs, donc entendre tout son baratin… Ca me fait doucement sourire. C’est là où je me dis qu’il y a un fossé entre les croyants et les non-croyants. Pour les croyants, tout ce qui est athée sont sûrement des hérétiques. Pour les athées, les non-croyants ou ceux qui s’en foutent, les religieux sont des illuminés. Pour ma part, je ne sais pas trop. Je reste sceptique. J’ai beau ne pas y croire, les titans existent, donc pourquoi pas un quelconque dieu quelque part ? Ce n’est pas pour ça que je vais y croire pour autant, mais la question se discute.

Un nouveau sourire se forme, quand elle continue dans les réponses à toutes mes questions. Tiens donc. Elle dit exactement ce que je viens de penser, à une différence près. Alors je me contente de hausser les épaules.


« Ca se discute. Un homme comme moi, qui croit surtout ce qu’il voit, il est difficile d’imaginer une quelconque aide divine dans tout ce qu’il se passe. Cependant, les murs sont là depuis cent ans au moins, ils ont été bâti par quelqu’un. Pour vous, ce sont ces Déesses qui sont à l’origine de ces murs ? »

Je suis vraiment curieux, et vraiment ouvert à la conversation. Quand j’ignore quelque chose, eh bien je suis capable de parler des heures et des heures pour savoir ce que je ne sais pas, pour essayer de comprendre, même si au final je ne comprendrais pas forcément, mais j’aime enrichir mes connaissances, savoir ce que je ne sais pas, et Bonnie actuellement m’y aide beaucoup. Au final, je suis bien content d’être venu jusqu’ici.

J’ignore si je repartirais avec les informations que je cherche, mais dans tous les cas je ne me serai pas déplacé pour rien. Je l’observe en silence ensuite, la laissant continuer. Elle n’est qu’une chanteuse, qui chante les louanges de son Seigneur… Une véritable dévote. Un amour inconditionnel pour l’invisible, c’est ce qui m’échappe et m’échappera toujours j’imagine. Je ne suis néanmoins pas là pour comprendre, encore une fois. Visiblement, elle ne sait rien de plus sur les murs. Tiens donc. Bien, alors je garde le silence, attendant qu’elle termine.

J’apprends par la même occasion qu’elle est aveugle, ce qui explique bien des choses, mais qui n’explique pas tout pour autant. Que je suis également le mieux placé pour savoir ce qui se dit, si c’est un mensonge ou la réalité. Je penche lentement la tête en la regardant, gardant cette distance entre elle et moi malgré notre proximité certaine, un léger sourire flottant sur mes lèvres.


« Mais dites-moi m’lady… En tant que ‘Grande Prêtresse’, votre handicap ne doit pas être un souci, et vous devez être au courant de beaucoup de chose. »

Je la regarde, ne cherchant pas à capter son regard, puisqu’elle ne verra rien dans tous les cas. Effectivement, j’aurais dû m’en douter en la voyant. Un regard fixe, perdu au loin, alors que c’est juste les conséquences de la cécité.

« La cécité n’excuse pas tout, et je pense que vous êtes bien plus au courant que vous voulez me faire croire. Derrière vos belles paroles se cache quelque chose… Après tout comme on dit, les voies du Seigneur sont impénétrables. »

J’essaie de la prendre à son propre jeu. Lui poser des questions alors que je connais déjà des réponses, ou quelques unes de ces réponses. Ce dont je suis sûr au moins. Je veux voir comment elle va réagir. Voir si elle va rebondir sur ce que je raconte. Cela peut partir sur un jeu de bluff aussi. Faire croire que tu sais, alors que tu ne sais rien Jean Neige justement. Cela permet de jouer avec son interlocuteur, surtout si ce dernier est doué avec les mots, alors ça peut partir loin, et chacun essaie de coincer l’autre, faisant attention à ce qu’on dit, à ce qu’on peut dire, ce qu’on ne doit pas dire au contraire.

C’est un jeu dangereux auquel j’ai envie de jouer avec Bonnie. Elle semble être bonne oratrice, sinon elle ne serait certainement pas ‘Grande Prêtresse’. Egalement, vu comment elle me répond, avec des mots et des phrases soignés, avec une élégance rare, ce qui change des rustres de d’habitude qui répondent comme ils répondent parfois à un chien.

C’est ce que j’apprécie dans cette conversation, même si c’est à celui qui mentira le mieux qui l’emportera certainement. A savoir si c’est elle ou moi qui se fera coincer en premier. J’admire sa capacité à parler aussi bien, un don rare entre ces murs, un don rare mais pour le moins précieux. Ceux qui savent parler peuvent commander aux foules. Ceux qui savent parler peuvent faire gober n’importe quoi à n’importe qui.

Voilà pourquoi il faut toujours être vigilants lorsqu’on parle à ces personnes. Faire attention à ne pas signer un contrat que l’on a pas voulu, sans faire attention aux petites phrases en bas du contrat, celles qu’on ne lit jamais, et qui nous mettent définitivement dans la merde. J’observe Bonnie, à l’affût de ses réactions. Elle qui est si soignée, si belle, si charismatique… je veux voir si elle peut se départir de l’une de ces caractéristiques, si elle montre une quelconque gêne ou si, au contraire, elle reste parfaitement à l’aise.
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Lun 31 Juil - 19:26
Ave Maria.
Heath & Bonnie
Sa cécité est très certainement sa meilleure arme pour passer pour une faible femme sans grande importance. Combien de fois s’était-elle servie de cette excuse ? Bonnie elle-même ne saurait le dire. Son handicap était un véritable don ayant pour but de lui servir, plus que de la desservir. Son passé, sa maturité, lui ont permis de jouer avec et de piéger autrui. Le capitaine tomberait-il facilement dans le piège ? Cela serait presque décevant. A force, s’immiscer dans les plus faibles esprits de la même manière devient presque ennuyeux, sans saveur. Pour avoir son grade au sein de l’armée, l’homme ne doit pas être aussi manipulable et naïf que les autres. Avec cette rencontre, la Prêtresse espérait secrètement se divertir et trouver un adversaire plus coriace que les précédents. Plus curieux, plus habile, plus malin que ses prédécesseurs.

Elle s’y attendait : face à elle, un sceptique. Une Divinité ? Un Esprit supérieur à l’Homme ? Mais qu’est-ce donc ? Le capitaine n’était pas transcendé par la puissance de Dieu. Un homme fermé, plongé dans la nuit, l’obscurité et la terreur, qui n’a d’yeux que pour ses armes, l’horizon hors des murs, et non pour le Seigneur. Ce n’était pas une grande surprise, évidemment, il faudrait être sot pour rejoindre l’armée et adorer le Créateur. Pour Bonnie, l’un ne peut aller de pair avec l’autre. Un oxymore, tout simplement.

« Ils n’ont pas été bâti par « quelqu’un ». Notre Père est à l’origine des murs, capitaine. Les Déesses ne les ont pas façonnés, mais elles vivent en eux. Elles les habitent et les maintiennent hauts et fiers. Elles gardent un œil sur nous. »

Les croyants, voulu-t-elle ajouté. Mais à la place, elle se contenta de sourire. Inutile de lancer un premier pic si tôt dans la conversation. Par le passé, la Prêtresse a pu constater qu’un homme trop tôt énervé n’est plus apte à discuter de manière civilisée. Cela est encore pire lorsqu’il est imprégné de boisson. Mais le militaire ne sentait pas l’alcool, seulement le tabac froid. Elle l’avait remarqué dès lors qu’il s’était assis auprès d’elle. Encore un péché humain qu’elle ne comprendrait jamais et qui la répugnait. C’était tout simplement écœurant de bon matin.

Il s’adressa à la rousse en mâchant le titre qu’il lui attribua : my lady. Une chose que Bonnie ne se permettrait jamais et que sa bouche ne supporterait pas. Ses mots sont toujours choisis avec soin pour paraître polie, éclairée et avenante. Passant sur ce détail, elle s’amusa de sa remarque. Son titre de Grande Prêtresse devrait donc lui permettre d’en savoir bien plus que le commun des mortels. Ce n’était pas comme si elle avait choisi ce nom, bien qu’il l’enchante grandement. C’était le peuple, les croyants, qui s’étaient accordés pour le lui donner, elle ne faisait que répéter leurs mots. Au passage, ils ne pouvaient pas être mieux choisis et sa réputation ne pouvait pas lui faire plus plaisir.

« Capitaine, quelle image avez-vous du Culte ? Pensez-vous que nous ne sommes que des pécheurs, des menteurs et des manipulateurs ? »

Elle ôta sa main en contact avec la sienne pour attraper son chapelet. Du bout des doigts elle en dessina les contours. Par cœur, elle le connaissait. Chaque perle, chaque texture, chaque coin de sa croix. Au fond, Bonnie ne pouvait que comprendre cette méfiance à l’égard des croyants : elle ressentait la même, à plus grande échelle, à l’égard de l’humanité entière. A l’égard des militaires, des fidèles, des athées, des hérétiques, des enfants et même des vieillards. Personne n’avait sa confiance et n’importe qui pouvait être un menteur ou un manipulateur. Alors oui, la Prêtresse imaginait bien sa défiance, mais jamais elle ne l’admettrait.

« Dieu entend certainement notre conversation, puisque partout et nulle part à la fois il est. Je demande à ce qu’il me coupe si je mens. Je suis une pécheresse, je le reconnais sous son toit. Chaque jour, j’en demande plus. Chaque jour je cherche sa bénédiction, je désire qu’il me guide. Je ne saurais jamais me contenter de l’amour qu’il me prodigue déjà. Mais capitaine, je ne souhaite pas plus que cette vie de simplicité, de paix et de recueillement. Le titre que je porte, ce sont les croyants qui m’en ont fait don, avec le consentement de notre Seigneur. Je ne fais qu’honorer la tendresse des fidèles avec qui je partage ma vie et mon amour pour le Tout Puissant. Pardonnez-moi si mes mots vous troublent, si mon discours vous laisse croire que je suis quelqu’un d’autre. Ma réputation ne fait pas de moi une personne importante, régissant ce monde, et je ne peux vous apporter des réponses sans même les connaître. »

Dans ses paroles il y avait une part de vérité, mais aussi un tissu de mensonge. Plus tard, lorsqu’elle sera seule, Bonnie devra demander pardon. Le mensonge est interdit, c’est un fait. Mais la rousse est persuadée au fond de son cœur qu’elle ne fait que mentir pour le bien du Culte, et par extension, pour le bien de l’humanité, qui ne peut concevoir la vérité. Avec douceur, elle relâcha son chapelet, qui reprit place sur sa robe, juste au-dessous de sa poitrine. Mentir était facile pour la Prêtresse, elle s’était exercée et pratiquait cet art depuis son enfance. Ce n’était qu’un masque parmi tant d’autres qu’elle n’avait aucune difficulté à porter et à échanger. Sa seule crainte était que Dieu la punisse. Mais jusqu’ici, il lui avait laissé la possibilité de le faire. Alors, même si elle venait de mentir sous son regard, elle ne se sentait pas menacée.

« Ne faites pas l’amalgame entre un titre et la réputation que nous autres religieux devons porter tel un fardeau. Après tout, je n’ai aucune réticence à converser avec vous. Vous n’êtes pas sans savoir que votre Brigade n’attire pas seulement de la sympathie. »

Cela avait glissé tout naturellement dans la conversation. Fallait-il voir cela comme une remarque piquante ? Bonnie resta neutre, plutôt que d’arborer un petit sourire fier. Il ne faut pas tout de suite malmener les sentiments, la fierté, l’ego du capitaine. Elle se contenta simplement d’ajouter :

« Vous et moi ne sommes pas si différents. Certains nous voient d’un bon œil, d’autres ne comprennent pas notre existence. Pourtant, nous avons un rôle à jouer. Nous sommes tous dans le plan de Dieu, qu’on le veuille ou non, et qu’on comprenne l’importance de l’autre ou non. »
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Discuter avec une croyante est des plus intéressants, même si l’un comme l’autre s’adresse à un mur. Elle est persuadée d’une chose, je suis persuadé d’une autre. Elle croit en quelque chose qui n’existe pas, un Dieu, des Déesses, avec un D majuscule ou non. Alors quand je l’entends dire que les murs n’ont pas été bâti par quelqu’un, ça me fait doucement sourire. L’un comme l’autre ne pourra pas faire croire le contraire à son interlocuteur, parce que les croyances regardent uniquement ceux qui se sentent concernés. Comprendre est une chose, chercher à avoir raison alors qu’il n’y a aucune vérité absolue en est une autre. Elle pense qu’un être supérieur est à l’origine des murs, alors que c’est faux.

C’est difficile comme situation. Très difficile. Il faut savoir jouer avec les mots, chercher la faille pour faire passer un message. Je suis certain que cette très chère Bonnie en sait bien plus qu’elle ne le laisse paraître, mais qu’elle est d’une habilité surprenante avec les mots elle aussi. Elle est obligée de l’être si elle est cette « Grande Prêtresse » comme elle s’est présentée. Alors je penche lentement la tête bien qu’elle ne me voit pas.


« Si les déesses habitent les murs, comment elles ont pu permettre à des titans de percer leurs remparts pour s’emparer de toutes ces vies ? »

Finalement je me lève pour délasser mes jambes après qu’elle aie retiré sa main des miennes. Elle n’apprécie pas spécialement le contact ? Soit. En m’étirant un peu, mes articulations craquent. Je me fais vraiment de vieux os à force c’est impressionnant. Puis je marche un petit peu, sans pour autant m’éloigner de la religieuse. Elle m’a posé une nouvelle question. Quelle image je peux bien avoir du Culte ? Si, au fond, je pense comme la majorité des gens qui considèrent les croyants comme des fanatiques ?

« Chacun est libre de croire ce qu’il veut. Tout le monde ment, qu’on le veuille ou non. Pour la bonne cause, pour une cause un peu plus obscure. Tout le monde pêche parce que personne n’est honnête. Même le nouveau né n’est pas aussi pur qu’on ne le pense. », je marque une légère pause, mon regard traînant vers l’autel, avant de les reposer sur la rouquine.

« Vous n’êtes pas plus menteuse, manipulatrice et pêcheuse que moi, miss Hawthorne. »

C’est un fait. Avéré ou non, je ne sais pas, je ne pourrais pas le dire. Personne n’est innocent, même celui qui le pense, et ça c’est quelque chose de certain. Je l’écoute lorsqu’elle parle, sans l’interrompre. Ce qu’elle dit est intéressant. Elle répond à ce que je lui dis avec habileté, et je dois avouer qu’elle manie les mots avec perfection. Ca me plaît beaucoup. Elle défend ses positions. Je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin, et je viens me planter devant elle pour la regarder, avant de m’accroupir pour être à son niveau. Je refuse de la regarder de haut car pour moi, nous parlons d’égal à égale.

« Bien sûr que votre titre vous est donné par vos fidèles qui vous font confiance et espèrent retrouver la voie de la rédemption auprès de Dieu, par votre intermédiaire. Je trouve cela bien. Vous êtes un peu comme un guide pour eux, n’est-ce pas ? »

J’essaie vraiment de comprendre le statut de Bonnie. J’essaie vraiment de comprendre le rôle qu’elle joue dans ce culte. Grande Prêtresse, ce n’est pas un titre anodin. Ce serait la propulser au-dessus des autres pour une raison ou pour une autre, parce qu’elle est la plus fidèles des fidèles, parce qu’elle est croyante depuis toujours, parce qu’on lui fait confiance ? Que sais-je encore ? Je la regarde sans bouger, mes bras posés sur mes jambes en attendant de voir ce qu’elle va répondre à ça. Dans un même temps, une autre question me vient à l’esprit et je n’attends pas pour la poser. Cette femme est entourée de mystères, et j’ai envie de découvrir ce qu’il se cache sous cette apparence soignée, ces beaux discours, ces bonnes paroles.

« Dans ce cas, que fait Dieu lorsqu’il vous arrive de mentir ? »

Je l’observe tranquillement, je guette un changement dans le faciès de cette jeune femme mais elle reste imperturbable. Je reconnais que si jamais elle venait vraiment à mentir, ça ne se voit pas. Si ça ne se voit pas, eh bien il est très facile pour elle de dire ce qu’elle veut à qui elle veut pour faire en sorte de le ranger de son côté. Je ne doute pas de son efficacité à parler aux croyants. Aux plus sceptiques pour les rallier à sa cause. Quelque chose revient dans mon esprit et je redresse la tête, avant de me redresser complètement. Je n’aime pas rester statique. Sa réputation ne fait pas d’elle quelqu’un d’important ? Ca me paraît curieux.

« Vous dites que votre réputation ne fait pas de vous quelqu’un d’important, mais vos fidèles font en sorte de vous rendre importante. Une réputation ne suffit pas, il faut avoir du soutient, ce dont je ne doute pas vous concernant. »

Surtout si je ne me trompe pas et qu’elle agit comme un guide pour ceux qui viennent ici. Sinon, pourquoi serait-elle là ? Pourquoi elle aurait un statut d’apparence important ? Ce ne serait pas logique, ce sont les conclusions que j’en tire pour le moment. Je reviens m’assoir à côté d’elle. Sa phrase me fait sourire. Ne pas faire un amalgame entre une réputation et un titre… C’est l’impression que j’ai donné en répondant ? Je suis loin de confondre les deux et à mes yeux, c’est bien distinct.

« Vous avez entièrement raison. Je peux vous retourner votre propre remarque. Vous autant que moi savez que le Culte et la Brigade ne sont pas vus d’un très bon œil, pourtant nous cherchons à améliorer la vie des gens à notre façon. Voyez-vous miss Hawthorne, la Brigade est semblable au Culte. Les gens ont tendance à faire des amalgames. Mettre tout le monde dans le même sac alors qu’il y en a qui sortent du lot. Mais que pouvons-nous à ça ? Même en essayant de changer le point de vue des personnes en tentant d’améliorer les choses, nous sommes vus de la même façon, autant vous que moi. »

Vous avec vos paroles creuses, nous avec des faits. Je retiens cette dernière remarque, même si elle me fait vaguement sourire. On agit, on ne se contente pas de parler contrairement au Culte qui lui bassine tout le monde avec la sainte parole. J’incline la tête lorsqu’elle conclut avec le fait que nous sommes semblables, elle et moi.

« Vous n’avez pas tord, cela rejoint ce que j’ai dit précédemment, preuve que je partage votre point de vue. »

En y repensant bien, nos propos peuvent être avérés. Bonnie et moi sommes semblables. On défend une cause, pourtant bien des gens peuvent croire que nous sommes faux. Peut-être est-ce vrai ? Peut-être est-ce faux ? Est-ce qu’on peut réellement changer le point de vue d’une personne ? Pas vraiment. Le Culte continuera à faire l’objet de critiques, d’insultes et d’incompréhension. Exactement comme la Brigade. Pourtant nous n’avons aucun Dieu.
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