Vanya Strashko
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Ven 14 Juil - 17:56


« Every breathe you take - I'll be watching you »

ft. Heath F. Baskerville..




Les ruelles étaient insipides, et le lumière nocturne de la ville se déversait en une boue jaunâtre sur les pavés clairs. On entendait les rumeurs des passants, les pas pressés de ces derniers qui souhaitaient rejoindre un foyer ou une auberge. Quelques autres erraient, sans but, envahis de sombres pensées ou d'une béatitude idiote.

Vanya s'était arrêté près d'un mur, il fixait un point imaginaire. Une douleur lancinante grimpait de ses genoux jusqu'à ses cuisses, arrêtant parfois la détermination de ses pas. Il siffla entre ses dents, pourquoi fallait-il toujours que son corps ne se réveille à la nuit tombée?  Il n'avait pourtant pas senti grand chose, lors de l'entraînement avec les autres recrues. Ces coups, il les devait à son style de combat. Il attendait son ennemi sans broncher, cherchant à le mettre à terre en un seul coup, bien placé, à chaque fois. Mais il était jeune, inexpérimenté et frêle de constitution. S'il arrivait parfois à coucher un adversaire d'un simple geste, combien de fois finissait-il lui, à terre, les dents serrées, enragé de n'avoir pu réagir plus vite ? Qu'importe, avec l'expérience sa technique s'améliorerait. Patience est mère de toute vertu.

Mais il était bien plus difficile donner son corps et son âme à l'entraînement quand on passait ses nuits dehors. A observer. Comme le chat de gouttière qu'il était devenu. Non. Qu'on avait forcé à devenir. Et l'acide de la vengeance remontait dans ses veines comme un flot continu, intoxiquant son sommeil et maintenant ses jours. Lui qui ne ressentait habituellement rien d'autre qu'une envie de vivre flegmatique sentait grandir dans son ventre les serpents d'une rage glaciale. Au détour de quelque conversation il avait appris la condamnation à mort de ses parents. Pour quelque obscure raison, le duc et la duchesse Strashko allaient finir dans la tombe. Bien que le blond ait toujours détesté ses parents pour leurs choix stupides, il n'avait jamais souhaité observer la danse de leurs corps criblé de balles pour autant. D'autant plus que ses parents morts, son frère et lui étaient les seuls possesseurs du titre, des richesses et des terres que la couronne leur avait aimablement confisqué.

Ce qui lui appartenait de droit. Le droit du sang, le même droit qui liait les sujets au souverain légitime. Ce salaud ne vivait que grâce à sa cour qui lui permettait de gérer ce royaume au bord de l'explosion. Et il se permettait de semer la terreur parmi les siens ? Quel choix tactique lamentable. Quel imbécile. Il suffisait que la traînée de poudre ne prenne feu pour que tous ne complotent afin de bouter ce souverain tyrannique. Car si un noble aimait son roi d'un amour inconditionnel, ce n'était rien en comparaison de l'amour qu'il portait à ses propres privilèges.


Alors pourquoi. Vanya sentait que ce mot le portait au bord du gouffre. Faute de gouffre c'était près de chez celui qui bientôt assassinerait son sang qu'il se tenait. Les poings serrés, la capuche de sa cape sur la tête. Allait-il faire autre chose que regarder cette fois-ci ? Parler, et pour dire quoi ? Il se souvenait si bien de ce visage. Lui, a peine une dizaine d'années sur son cheval, et cette gueule de monstre qui l'avait emporté dans l'inconscience d'un simple coup, comme on balaye une mouche. Comme un titan.

Pour insulter un supérieur hiérarchique ? Ou pour trouver des réponses que ce lourdeau n'aurait sûrement pas ? L'adolescent se retourna brusquement et se laissa glisser le long du mur. Depuis quand était-il aussi préoccupé par quoi que ce soit ? Pourquoi toutes ces choses au creux de lieu. Ce froid derrière sa nuque, cette chaleur sur les joues, cette tension dans les épaules ? La seule image dont il se souvenait était bel et bien ce visage qu'il venait parfois épier lors de son temps libre. Il l'avait traîné par les cheveux pour le ramener à l'intérieur et l'avait jeté près de son frère inconscient dont le corps dans un angle étrange avait laissé présager le pire. Vanya s'était alors replié sur lui même et écouté les cris aigus de sa mère à l'étage. Tout était si flou.

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Mar 18 Juil - 1:32
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Je n’ai pas l’habitude de boire, mais cette fois j’ai cédé à la tentation. Pourquoi ? Sans doute parce que j’en ai marre. Marre de tout. La fatigue se fait ressentir. Je ne suis plus tout jeune, je ne suis pas vieux pour autant, pourtant mon corps me rappelle douloureusement mes cinquante ans. Alors cette soirée-là, je l’ai passée à boire, à enchaîner les verres. Pourtant, l’ivresse n’est pas venue à moi, à mon grand malheur. Pourquoi ? Même elle ne veut pas de moi ? Suis-je devenu tant insensible à l’alcool ? A mon souvenir, je tiens très bien l’alcool. Trop bien, même, ce qui est assez embêtant dans la mesure où je ne peux terminer ivre mort. L’esprit dans le vague, c’est déjà arrivé, mais au bout de combien de verres exactement ? Je n’en ai même pas souvenir.

Je regarde le liquide dans mon verre, que je serre avec ma main droite en silence. Je reste pensif. On m’a désigné pour exécuter une famille que je connais trop bien. Les Strashko. Ceux que j’ai moi-même arrêté. Eh bien, ils ont trouvé amusant de m’ordonner de les exécuter. Je lâche un long soupir avant de vider mon verre d’une traite et de le pousser sur la table avant de me lever et sortir de ce bar où il n’y a quasi personne ce soir. Je marche droit, j’ai encore les idées claires. Trop claires à mon goût. Pourtant je n’ai pas bu modérément ce soir. Je déteste ça. Cette ‘capacité’ à bien tenir l’alcool. Va te faire foutre. Un autre soupir s’échappe, je me dirige lentement chez moi. Après tout, je n’ai que ça à faire. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais devoir les exécuter. Peut-être demain, peut-être après-demain, je n’en sais rien, ils ne m’ont pas communiqué de date.

Les Strashko… Ils n’ont ce qu’ils méritent, sans doute. Mon rôle est de faire respecter l’ordre. Malheureusement, je ne peux condamner mes propres hommes. Dans ce cas, autant arrêter toute la Brigade et les mettre sous les barreaux. On y verrait plus clair. Néanmoins, cela ferait trop plaisir à beaucoup de personnes et ce soir-là, j’ai aucunement envie de penser à faire plaisir à quelqu’un. Des gens meurent tous les jours au sein des murs. De maladie, de faim, de vieillesse, meurtre, assassinat, suicide, tout est cause de décès. La population se réduit petit à petit, tout le monde s’en fout. On finira par disparaître purement et simplement. Je lève la tête vers le ciel, posant mon œil unique sur le plafond céleste en silence. A quoi bon lutter pour une cause perdue ? Les hommes obéissent à un ordre hiérarchique. Tout le monde obéit au Roi. Ne pas jouer selon ses règles exposent les petits rebelles à de graves conséquences. Je le sais parce que j’ai exécuté bien trop de gens comme ça. J’ai arrêté bien trop de personnes. J’ai détruit bien trop de vies. Bien plus que je ne veux me l’admettre.

Je marche lentement, les mains dans les poches, mon œil regardant droit devant lui. Le vent souffle un peu, je trouve qu’il fait bon. C’est ce qui m’aide à garder les idées claires. Plus claires que je ne le voudrais. Je pense encore à ça. L’alcool me fait radoter. Je pense aux mêmes choses, en boucle. Cependant, je n’arrive pas à m’enlever cet ordre venu d’en haut. Tuer. Encore tuer. Toujours tuer. J’écoute, j’obéis, parce que je ne souhaite pas mourir bêtement. Pourquoi on me fait faire ça ? Je ne suis pas le seul à tuer. D’autres le font avec plaisir. Je dois avouer que moi aussi, ça me plaît. C’est un côté vicieux, sadique, cruel, une part très sombre de moi que je dissimule pour mes ennemis. Pour cacher une éventuelle compassion, qui me ferait hésiter au dernier moment. Si on hésite, alors c’est foutu. On prendra la place de ces hommes et ces femmes qu’on exécute. On disparaît en silence. On se demandera où on est passé, avant d’oublier et de passer à autre chose, comme il en a toujours été ainsi.

Perdu dans mes pensées, j’ai failli manquer un détail. Un gamin, adossé à un mur. Ou plutôt, assis contre un mur. La nuit est tombée depuis longtemps. Alors je décide de m’arrêter près de lui en le regardant de haut. Je ne peux faire autrement, il est assit. Vu sa carrure, c’est sûrement un gamin. Son uniforme le fait sans doute appartenir aux brigades d’entraînement, ou alors à un corps d’armée, je l’ignore, je ne vois pas le blason sur sa veste.


« Hé gamin, t’as été jeté du camp ? »

Il est vraiment loin des camps de Trost. Qu’est-ce qu’il fait là ? Utopia, c’est à Sina. Sina, on entre pas et on ne sort pas comme dans un moulin. Après quoi j’hausse les épaules. S’il faut il a de la famille ici, après tout je viens aussi de Sina. Sauf que je ne suis pas retourné voir mes parents pendant mon entraînement. Bah. Chacun ses envies, on change avec le temps. Aujourd’hui, les gamins restent dans les jupons de leurs mamans en se faisant dessus dès qu’on parle de titan. Les gens deviennent de plus en plus poltrons, incompétents, inutiles et lâches. Voilà pourquoi j’apprécie tout particulièrement le Bataillon. Eux au moins, même s’ils se font dessus, ils se font dessus à l’extérieur, face aux titans. Personne dans Sina peut prétendre un tel courage. Je secoue la tête pour me remettre les idées en place, avant de reposer les yeux sur lui en haussant un sourcil. J’ai l’impression de l’avoir vu quelque part, alors je me penche vers lui avant de froncer les sourcils, un sourire froid et narquois aux lèvres.

« Tiens donc, on revient au bercail gamin ? »

Le gamin. Celui que je n’ai pas tué, celui que j’ai jeté avec son frère.

« Vanya, c’est ça ? »

J’ai la mémoire des noms, mais lui j’ai un vague doute. Je n’aurais jamais imaginé qu’il se serait enrôlé dans l’armée. Alors je me dis que sa présence ici n’est pas si anodine que ça, et qu’il cache quelque chose. Eh bien, je suis bien curieux de savoir ce qu’il fait là, pourquoi il est là.
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Vanya Strashko
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Mar 18 Juil - 11:17


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Faute de trouver Heath, ce fut Heath qui le trouva. Alors qu’il était assis au sol, les bras enroulés autour de ses genoux, il sentit les pas imposants qui venaient dans sa direction. Et l’ombre, cette ombre, encore immense bien que lui-même ne soit plus aussi petit qu’autrefois.

Heath prenait de la place. Heath sentait l’alcool. Heath le terrorisait. Il fallait qu’il l’admette, et ses mains serrées devant lui ne servaient qu’à cacher les convulsions qui menaçaient de le trahir. Bientôt, les mains qui étaient à la hauteur de ses allaient ôter la vie de ses deux parents sur ordre du roi. Le monarque, le tout-puissant, ce qui se lève auréolé de la lumière des Dieux. Cette raclure, incapable de supporter que des nobles ne soient aussi puissants.

Malgré la terreur de leur exécution, Vanya savait que les comptes et les vicomtes de leur duché leur étaient fidèles. Silencieusement, bien entendu, il fallait aussi vivre en toute intelligence. Mais ils l’étaient, et si ses parents avaient été assez idiots pour penser à une rebellion, ni lui ni Vladimir n’avaient pris part à cela. Ils étaient les héritiers du duc, et ce titre auréolé de gloire leur reviendrait par le droit du sang. Ce même sang qui allait entacher les mains du militaire qui se tenait face à lui.

« Hé gamin, t’as été jeté du camp ? »

Une voix bourrue trancha l’air et le fil de ses pensées. Agité, il reposa les mains aux sol pour se donner de l’élan et remonter. Pas qu’il eut spécialement envie de lui tenir tête. Ou peut-être que si. Il était dans sa nature de ne pas s’abaisser face à autrui, c’était inscrit dans ses gênes au fer blanc.

« Tiens donc, on revient au bercail gamin ? … Vanya, c’est ça ? »

Certainement pas . Son bercail n’avait jamais été la cour. Bien qu’il y ait passé une grande partie de son enfance avec sa mère. Il préférait les étendues immenses de son territoire, la douceur de leur vin qui poussait en contrebas dans la vallée. Les animaux qui servaient à confectionner des mets raffinés. Il aimait son domaine et la beauté des pierres fatiguées qui constituaient ses murs. Même ses gens, il les appréciait. Rustres, certes, mais bons. Bien nourris, ils étaient dévoués à leur cause. Sans parler des petits nobliaux qui tiraient parti de la protection du duc. Les Strashko étaient de fins stratèges, ils avaient su réguler leurs impôts et prendre le pas sur le marché de la viande porcine et du vin, qui tenait tant à coeur à la cour et aux militaires. Ils savaient négocier leurs prix et sa mère, ingénieuse, ne récoltait pas le raisin mais les informations. Qu’elle avait utilisé par la suite pour réussir parmi les loups de la cour.

Exécutés.

«  Je . » Il marqua une pause et se posa la main sur le front «  Oui. Et vous êtes Heath Frey Baskerville, capitaine et vétéran de la brigade spéciale. Vous êtes l’homme qui a commandé l’arrestation du duc Andreï Boris Strashko et de la duchesse Olga Ielena Strashko. Et vous allez les assassiner. » Il marqua une petite pause et essaya d’ignorer le rouge qui lui montait au joues, marquant sa peau pâle.

«  Je suis ici… je suis ici car .. Je veux savoir quelles preuves ont été amenées au procès. Pourquoi vont-ils être exécutés. On m’a toujours dit qu’ils étaient des rebelles, mais le temps passant, j’ai bien du mal à le croire. Je doute que vous … N’ayez aucune information, vous êtes un soldat. Mais qui serais-je si je n’essayais pas? »


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Jeu 20 Juil - 0:45
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« C’est exact. »

Un sourire étire mes lèvres tandis que je regarde de haut Vanya Strashko. Je ne peux faire autrement, il est plus petit que moi, et je n’ai pas spécialement envie de le narguer en me baissant. Je n’aurais pas apprécié non plus si l’inverse se produisait. Se baisser pour parler à plus petit que soi… C’est plutôt dégradant. Je me contente de lui ébouriffer les cheveux en éclatant de rire. Ce sont sans doute les effets de l’alcool qui me rendent comme ça, certainement. Pourtant, je suis très lucide. Je ne parlerais pas plus que d’habitude.

« T’as bien appris ta leçon, gamin, c’est bien. »

Je le regarde d’un air amusé. Je sais pourquoi il est là maintenant. Il veut certainement des réponses, ce pourquoi j’ai arrêté sa famille, ce pourquoi je vais les exécuter. Cette pensée se confirme lorsqu’il me demande bel et bien des confirmations, des preuves comme il le dit si bien. Je penche la tête en le regardant. Il rougit, sans doute parce qu’il déclame tout ça d’une traite, sans aucune hésitation. Ce gamin a du cran, mine de rien. Je l’écoute tranquillement, m’approchant ensuite de lui en posant ma main à la droite de sa tête, contre le mur, me penchant pour le regarder droit dans les yeux. L’odeur d’alcool ne doit pas être très agréable, néanmoins je ne peux faire autrement. Je me contente de lui sourire. Sans aucune ironie, sans aucune animosité, un simple sourire qui étire mes lèvres.

« Tu ne veux pas savoir, gamin, crois-moi. Savoir, c’est s’attirer des ennuis. Savoir, c’est risquer sa vie. »

Savoir, c’est se faire tuer, exactement comme ma famille, exactement comme les Strashko. Est-ce que c’est juste ? Non. Je le sais. Mais si je ne m’y plie pas, alors les conséquences devraient être un peu plus dramatiques. Je me protège, avant de protéger les autres.

« Je ne suis qu’un soldat, mais j’en sais bien plus qu’un « simple soldat » comme tu dis. Tu l’as dis, je suis Capitaine et vétéran de la Brigade. Il y a des choses que j’ignore, et d’autres que je sais. Savoir, c’est pouvoir. »

On m’a donné une raison d’arrêter et d’exécuter les Strashko. Pour moi, c’est une bonne raison. Après, est-ce que c’est la véritable raison ? J’en sais rien. Est-ce que c’est aussi juste que je ne le pense ? Ca aussi, j’en sais rien. Je sais seulement que quand on supprime quelqu’un, il ne faut pas poser de questions. C’est comme ça. Je pense connaître la véritable raison, la raison pour laquelle je dois tuer les Strashko. La même raison pour laquelle mes parents sont morts. La curiosité. Le savoir. Savoir des choses qu’ils n’auraient pas dû. La pire chose qui peut arriver ici.

Je me redresse avant de pousser un soupir en regardant à droite et à gauche. Personne. Il ne vaut mieux pas qu’il y ait des gens ici, je dois surtout tenir ma langue. Alors j’attrape le gamin par le col pour qu’il me suive. Je n’ai pas besoin de forcer pour qu’il me suive. Si je dois lui dire quelque chose, autant le faire loin d’oreilles indiscrètes. Je ne compte pas lui dire le pourquoi du comment, mais si jamais la conversation s’éternise, vaut mieux le faire autre part qu’ici.


« Si t’as de la jugeote, tu saurais qu’on parle pas de ces choses là en pleine rue, où tout le monde peut nous écouter. Si tu veux être toi aussi accusé de faire des choses louches, eh bien c’est exactement ce qu’il faut faire. »

Je soupire en le lâchant, quand je suis sûr d’être à l’abri des regards, des oreilles indiscrètes. Je ne suis pas particulièrement stressé ou même soucieux d’être découvert, bien que les choses sont différentes maintenant que j’ai entraîné le gamin avec moi. Je tourne finalement les yeux – du moins mon œil valide – vers lui.

« Ecoute gamin. Tu me vois avec ton regard de fils Strashko qui a tout perdu. Tu peux me traiter de connard, me haïr toute ta vie, si ça peut te motiver à avancer. Si on a relâché les gosses, c’est parce que je refuse de m’en prendre à des enfants. Alors gâche pas la chance que tu as eu de survivre. »

Je marque une pause en le regardant. Je ne cherche pas à justifier ce que je fais. Au final, son cas ressemble au mien. Il n’acceptera peut-être pas mes paroles. Je ne cherche pas à ce qu’il les accepte, à ce qu’il dise amen à ce que je lui raconte, j’essaie de préserver une jeune vie. Un gosse trop retrouvé dans le fleuve est si vite arrivé. Faire disparaître les preuves aussi, est vraiment facile. Je pousse un soupir en regardant l’entrée de la ruelle un moment, avant de reposer mon œil valide sur lui.

« Je ne connais pas vraiment ta famille, je sais qui ils sont, comme beaucoup de gens dans la noblesse. Pas mal sont accusés de rébellion et sont exécutés. Ils surveillent ensuite les gamins, pour savoir s’ils vont suivre le même chemin que les parents. La mort, c’est ce qui t’attend si tu continues à être trop curieux. »

Je souris un peu plus, amusé par mes propres propos.

« La curiosité est un vilain défaut. »

Mais également une très grande qualité, car sans elle, on ne saurait pas beaucoup de choses. La curiosité nous pousse à faire beaucoup de choses, en bien comme en mal. Elle nous fait expérimenter, découvrir, parfois on trouve des choses qu’il ne valait mieux pas trouver, d’autres fois c’est le contraire, on est plutôt content d’être tombé sur ça. Il est dur de vivre sans curiosité, surtout quand on est enfant. Combien de fois j’ai pu fausser compagnie à ma nourrice pour aller découvrir les rues par curiosité… Comme la curiosité m’a fait voir, m’a fait découvrir la triste réalité. La mort  de mes parents. Je ne les connaissais pas trop, et pourtant je les ai quand même pleuré.

Alors indirectement je comprends Vanya. Pourtant, je me garde tous ces détails. Si je lui explique, il va se demander pourquoi je continue à faire ça. Parler de moi est la dernière chose que je veux pour le moment. Peut-être que si l’occasion se présente, s’il se montre réellement curieux justement, je lui en parlerais. Peut-être. Si cette conversation s’éternise. Rien n’est possible. Il faut juste poser les bonnes questions. Après, rien ne dit que je dirais la vérité. On ne peut pas savoir, on se contente d’écouter, et d’essayer de savoir si c’est vrai ou si c’est faux. C’est un véritable jeu. C’est la vie, comme dirait l’autre.
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Vanya Strashko
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Jeu 20 Juil - 15:37


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Seigneur ce qu’il était imposant. Dans une autre vie, une vie où il n’aurait pas été aussi aveuglé par la vengeance et la rage, Strashko n’aurait sans doute jamais osé lever son regard sur le capitaine. C’était un homme visiblement abîmé par la vie, dont la voix bourrue et grave exprimait la dureté. Il avait finit par poser son énorme paluche à côté de la tête du blond dont le regard glissa des doigts jusqu’aux épaules, et enfin, son visage. Il y avait assez de caractère pour qu’un seul oeil ne suffise à exprimer ses intentions. Clairement.

Et son haleine était .. .Chargée. C’était le moins qu’on puisse dire. Vanya fronça à peine le nez. Il ne souhaitait pas particulièrement froisser son supérieur , mais bon sang. Il devait avoir éclusé une réserve à lui tout seul. Le savoir c’est risquer sa vie ? Et quelle vie exactement l’attendait après tout cela ? Quelle vie sans qu’il ne puisse de nouveau toucher un piano, sans qu’il ne soit pas ce pourquoi il avait créée: un duc. Il se tut néanmoins. D’une part, il n’aimait pas pleurnicher inutilement, d’autre part le temps que lui offrait le bourreau de ses parents n’était probablement pas extensible, tout comme sa patience.

Il se redressa, regarda autour. Puis le saisit par le cou comme on attrape un chaton. Il n’y avait pas grand monde, mais il n’était pas idiot d’aller s’isoler. Du moins, dans l’absolu. Car au fond de lui et pour des raisons évidentes, Vanya craignait pour sa vie. Que pourrait-il se passer dans la tête de ce soldat si effrayant ? Un coin de rue un peu sombre, et il finirait probablement le chemin de son existence ici, avant même ses parents.

Il l’isola, et le reposa. Comme un meuble. Il releva les yeux et aperçu le ciel piqueté d’étoiles au-dessus d’eux. Mais surtout les murs de briques qui s’élèvaient, imposants, ne laissant qu’un petit mètre de ruelle. C’était étouffant, il se sentit enfermé.

«  Vous êtes la main du pouvoir pas le décisionnaire. Je ne… Si . Si évidemment que je vous déteste un peu ! » Les mots ont jailli de sa bouche avec le naturel de l’adolescence alors que ses joues s’empourprent un peu. Ce n’était peut-être pas son meilleur choix tactique mais ses tripes en ont assez, elles s’expriment . «  Mais Vladimir et moi aurions pu avoir un sort plus funeste, un accident durant l’arrestation de mes parents, donc… Merci. » Ses yeux cherchaient un peu autour, mais il finissait toujours par les reposer dans celui d’Heath. Incapable de baisser la tête trop longtemps. Il n’était pas non plus dans la défiance, ni l’irrespect.

Vanya était ainsi fait, il faisait face. Souvent stoïque. Mais pas ce jour-là. Son corps frêle était agité, souffrant de son entrainement. Il n’avait pas connu la faim, le travail, les conditions difficiles, aussi l’armée était une épreuve d’autant plus dur. Il ne pouvait compter que sur sa force mentale.

«  … Ma famille est … Nous sommes loyaux à la couronne. Je ne comprends pas ce que mes parents ont pu faire, ou ce qui a motivé leur rebellion. Je les déteste d’avoir agi ainsi. Mais le roi ne peut executer ainsi ses sujets, ses sujets qui depuis toujours sont à ses côtés. Conseillers, administrateurs, médiateurs, les nobles ne sont pas que des robes ou des organisateurs de divertissements… Du moins, pas tous. Les Strashko ne sont pas de vulgaires pique assiettes, nous gérons nos affaires et nos gens ! Alors pourquoi ? Pourquoi tout à coup ? Pourquoi ont-ils fait cela ? Pourquoi le procès n’a t-il pas été rendu public ni … je ne sais même pas ce qui a pu se passer puisque je fus jeté à la rue. » Il s’arrêta pour reprendre son souffle, un peu perdu.

«  Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas aller à l’encontre du pouvoir et de la couronne. J’ai été élevé pour la servir du mieux que je le pouvais, elle et son peuple. Alors … Il y a … quelque chose qui m’échappe. » Vanya posa la main sur son ventre, une vérité insaisissable courrait sous sa peau, dans son sang, mais laquelle.

«  … Capitaine. Vous êtes un homme fort, honnête et fidèle. Mais… Vous n’en seriez pas là où vous en êtes si vous étiez une buse. Alors je vous le demande …Que pensez vous de tout cela ? Croyez vous réellement que le duc et la duchesse se soit réellement rebellés contre le roi ? Ont-ils dépassé les limites et froissé sa majesté ? Je veux comprendre. Je veux retrouver ma place auprès du roi. Je veux servir mon roi et mes gens. » Il souffla les mots comme une vérité absolue. Puis chercha sur le visage buriné qui lui faisait face des indices, quelque chose à saisir.

Il ne pourrait vivre sans poser ces questions. Au moins essayer. Saisir la réalité, peut-être trouver des pistes pour remonter la pente et retrouver sa place. Il était prêt à fermer les yeux sur un roi capricieux, sur un roi versatile. Etre résilient était une de ses plus grandes forces. Il ne pouvait sonner la fin des Strashko, de leur domaine, de leur vin, de leurs viande, de leurs gens, de leurs médecins, de leurs nobliaux, de leurs chevaux et de leurs forêts. Sa seule existence n'était pas en jeu.


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Mar 25 Juil - 11:09
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J’observe Vanya en silence. Ce gamin qui a connu le luxe et qui se retrouve désormais sans rien. Un sourire narquois étire les lèvres, mais je garde ma réflexion pour plus tard. Ce gamin a eu du cran pour aller dans l’armée. Avec une gueule d’ange comme la sienne, il aurait fait un malheur dans les bordels des souterrains. Ce n’est même pas une pensée mauvaise ou sarcastique. Il y en a qu’on jette, et qui n’ont pas d’autres choix. Vanya lui a fait son choix, et tout ce que je peux lui souhaiter, c’est de réussir dans cette voie-là… Sauf que j’ai bien l’impression qu’il aura plus envie d’avoir ma peau qu’autre chose. La belle affaire. Si ça le motive à se donner à fond, pourquoi pas ?

Je penche la tête en l’écoutant. Main du pouvoir, pas le décisionnaire ? C’est exact, néanmoins j’ai beau obéir aux ordres, ça ne m’empêche pas d’épargner des gamins alors qu’ils sont censés suivre le même chemin que leurs parents. J’hausse un sourcil lorsqu’il me remercie. Tiens donc, maintenant il me dit merci ? Plutôt étonnant de sa part, mais il a bien compris qu’il aurait pu subir pire avec son frère, et je suis satisfait qu’il comprenne ce détail. Je me contente d’incliner la tête pour lui signifier un « De rien » silencieux. Ce que j’apprécie avec ce gamin aussi, c’est qu’il me regarder droit dans les yeux – droit dans l’oeil – et qu’il ne baisse pas la tête ou alors très peu. Je ne ressens pas du défi dans ses iris, pas de la défiance, pas de l’irrespect… Mais un certain courage. Il en faut des tripes pour balancer le fond de sa pensée à un supérieur, quel qu’il soit. A un homme ou une femme bien plus âgé. Un sourire revient brièvement éclairer mon visage, tandis qu’il continue dans son monologue. Par respect, je l’écoute sans l’interrompre.

Le Roi ne peut pas supprimer ses sujets ? Bien sûr que si, il peut, c’est le Roi. Je comprends la colère de Vanya. Elle a été mienne pendant des années, jusqu’à ce que je découvre la vérité, et que je sois obligé d’être dans le droit chemin pour ne pas subir le même sort. Je comprends la souffrance de ce gamin, je comprends qu’il veuille savoir ce qu’il ne sait pas. Mais savoir peut diviser une personne. Soit elle sait, et elle la ferme pour ne pas mourir, soit elle sait, et elle va divulguer les informations avant qu’on ne les tue. Alors la royauté prend les devants. Elle tue d’abord sans chercher à savoir. Je ne sais pas ce qu’il se trame. J’ai beau être proche du commandant de la Brigade, je n’en sais pas plus. Je déteste le Roi, si je le sers, c’est par intérêt, pas par envie. Je n’ai aucunement envie d’encourager ce mioche à se rebeller ou à tenter quoique ce soit quand il sera plus grand, quand il aura choisi un corps d’armée. J’entends les mots du blond, je ne dis rien. Puis je soupire. Je m’apprête à parler mais Vanya me prend de nouveau de court, pour terminer tout ce qu’il a à dire. Je me tais, le laissant finir.

Je reste silencieux, mon regard se portant à l’entrée de la ruelle en écoutant les mots du gosse. Ce que j’en pense ? J’en pense beaucoup de choses. Beaucoup trop. Si je le pouvais, je cracherais sur la couronne. Si je fais ça, alors je serai exécuté dès le lendemain, ce qui n’est pas mon but. Un sourire ironique vint s’afficher sur mon visage en reposer mon œil bleu sur lui, observant sa peau sans aucun défaut, pas encore abîmée par la vie… Grand bien lui fasse s’il arrive à conserver cette peau sans l’égratigner une seule fois.


« Honnête ? Qui te dis que je ne fais pas te raconter des mensonges ? », je marque une pause. Je réfléchis à tout ce qu’il m’a dit depuis le début.

« Je sais que tu ne veux pas mourir. Je sais que tu ne veux pas aller à l’encontre du Roi, de ses sujets. Sache que le Roi peut faire tout ce qu’il veut. Il a main-mise sur tous ses sujets au sein des murs. S’il te trouve dérangeant, il peut te faire retrouver. Il y en a qui se font supprimer en silence, sans aucun procès. D’autres qui ont la ‘chance’ d’avoir un procès, mais qui termine au bout d’une corde ou fusillé. Le Roi fait ce qu’il veut. Il est vieux, il s’en fout qu’un gamin de 15 ans ne soit pas d’accord avec sa décision. »

Je m’adosse au mur humide en sortant une cigarette, l’allumant avec une allumette, et tirant dessus pour lentement rejeter la fumée vers le ciel.

« Tout ce que tu as à savoir, c’est que tes parents ont été à l’encontre de ce pouvoir et que ça n’a pas plus à Fritz d’une manière ou d’une autre qui a décidé de faire exécuter Strashko père et mère. Il aurait sans doute aussi voulu vos têtes si je n’avais pas dissimulé votre fuite. J’en suis désolé pour ça. C’est pas évident de passer d’une vie de luxe à la misère, mais tu as su t’en sortir et ça… C’est bien gamin, t’as du cran. »

Je croise les bras, gardant ce léger sourire qui flotte sur mes lèvres depuis un moment déjà, avant de tourner la tête vers lui.
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« Ce que j’en pense réellement ? Je peux croire qu’ils se sont rebellés d’une façon ou d’une autre. Je peux croire qu’ils n’ont rien fait, et qu’ils vont se faire injustement tuer. Ce que je pense n’a pas vraiment d’importance tu sais. Je pèse le pour, le contre, et les choses se font seules. Tout le monde dans la haute pensent qu’ils sont coupables de trahison. Même ceux qui ne pensent pas comme ça sont obligés d’approuver, sinon ils seront traités de collabo, et au final ceux qui pensent différemment se feront tuer parce qu’on va croire qu’ils ne sont pas loyaux, parce qu’ils pensent différemment justement. Tu comprends ? On ne peut pas donner son avis sans avoir peur d’être dénoncé, sans se dire ‘Est-ce que je peux lui faire assez confiance pour lui parler de mes craints ?’. »

Je marque une pause, soufflant lentement la fumée. Cette chose me tuera un jour, si quelqu’un ne le fait pas avant. Je la jette sous mon pied et l’écrase sous ma botte, avant de me pencher vers Vanya, près de lui.

« Quand j’avais ton âge, mes parents se sont fait assassiner. Pourquoi ? J’en sais rien. C’est peu après avoir rejoint la Brigade. Les Baskerville sont connus pour leurs ouvrages. La faune, la flore, tout leur savoir sont passés dans les centaines de pages qu’ils ont pu écrire… Il ne devait pas y avoir que ça, puisqu’ils ont été tué. Les feuilles ont certainement été brûlées. J’ai essayé de chercher, certains ont vu que j’étais trop curieux, que je posais trop de questions. Ils ont détruit mon visage à ce moment-là. Ils n’ont pas voulu me tuer parce que si tous les Baskerville disparaissent, ça aurait été étrange. Voilà pourquoi j’ai la vie sauve. Je me suis rangé de leur côté, et je les ai écrasé sous ma botte un par un, au fil des années, pour arriver là où j’en suis. J’ai arrêté de poursuivre la vérité. », je me redresse avant de soupirer, marquant une nouvelle pause.

« Si tu veux servir le Roi, alors fais-le, et ne te pose pas de questions. Si tu cherches la vérité, alors tu ne seras jamais tranquille. Tu sais pourquoi c’est moi qui tue tes parents ? C’est pas parce que je suis haut gradé. C’est surtout pour me rappeler que ça aurait pu être moi à leur place. Ils me dissuadent de poursuivre la vérité, les mystères qui entourent la royauté. C’est facile de tuer un homme Vanya. Alors un gamin… Fais attention à toi. Si tu veux savoir, alors il va falloir être patient. »

Je lui prends les épaules, serrant mes doigts sans pour autant lui faire mal. Mon but n’est pas de lui faire peur. Je lui ai répondu. Je lui ai indirectement parlé de moi. Est-ce que ça va le motiver à continuer à chercher ? Je pense que oui, et cette unique pensée m’ennuie. Je plante mon regard dans le sien, on ne peut plus sérieux.

« Ne cherche pas à savoir Vanya. Je t’ai dit tout ça pour répondre à tes questions. Je n’ai pas envie de te tuer, tu comprends ? Si tu veux te venger, alors tu dois tout faire pour vivre. »

Bien sûr qu’il comprend. C’est un adolescent intelligent. C’est aussi un adolescent qui souffre, qui a mal parce qu’il est tenu dans l’ignorance, parce qu’il a perdu sa famille. La vengeance… C’est sur moi qu’elle va se concentrer, parce que c’est moi qui vais tuer son père et sa mère. Tant mieux, si c’est moi qu’il prend pour cible. Je préfère qu’il se motive, qu’il se donne à fond pour avoir ma peau plutôt qu’il ne poursuive un objectif impossible à atteindre. J’ignore si mes paroles vont le toucher, s’il va y réfléchir. C’est tout ce que je lui souhaite. Je lui ai dit, je ne veux pas le tuer. Suite à quoi, je lâche ses épaules pour faire quelques pas et quitter la ruelle. Je sais une autre chose… J’en suis persuadé, il ne se satisfera pas de ce que je lui ai dit. J’attends de voir ce qu’il va faire après cette conversation. Je suis simplement pas rassuré de l’endroit. Je n’aime pas discuter dehors. Je lui ai dit. Si jamais quelqu’un surprend cette conversation, il pourra croire que j’encourage un gamin encore malléable d’esprit à se rebeller contre la couronne, à savoir tout simplement. C’est facile de déformer les propos, et d’accuser quelqu’un. C’est facile de déformer la vérité à son avantage.
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Vanya Strashko
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Mer 26 Juil - 11:33


« Every breathe you take, i’ll be watching you. »

ft. Heath F. Baskerville




Le corps de Vanya s’agitait indépendamment de sa volonté. Il tremblait de colère, envahi par les émotions contradictoires, les sentiments d’un adulte, les sentiments d’un enfant, l’orage d’une adolescence en dent de scie. Il aurait aimé être grand, imposant. Tenir tête, intimider.

Mais il était petit, frêle, et son visage incarnait la grâce et non la peur. Ses poings serrés, il prit tout le temps d’écouter ce que le gradé lui répondait. Chacun de ses mots, chacune des bouffées de la cigarette qu’il soufflait à son visage faisait remonter une étrange électricité dans son ventre. Il n’aurait pas été surpris de voir des piques lui sortir de la peau, transpercer la couche d’ivoire pour le protéger de ce monde froid et sale.

Mais il avait raison, et il le savait. Lui-même avait été dans la même situation. Il fumait sans conviction, puis jetait le mégot en regardant autour de lui. Il lui confiait des informations à son propos qui en disaient long sur ce qu’il pensait. Lui aussi avait perdu ce qu’il avait. Lui aussi s’était posé des questions. Et désormais il avait grimpé les échelons en serrant les poings et les dents, déversant sa rage sur les intermédiaires.

Attaquer la monarchie était comme attaquer le vent, donc Heath avait choisi de brûler les arbres qui se laissaient bercer par la prise. Ils n’étaient pas coupables, que des conséquences. Des conséquences palpables, qu’il pouvait écraser au creux de son poing.

Mais Vanya avait-il la force de devenir comme lui ? De laisser la vie le frapper, le plier, le défigurer et continuer ? Il ne voulait que retrouver ce qu’il avait perdu. Pourtant, et il le savait au fond de lui même, tout ceci s’était envolé. Jamais il ne pourrait servir dévotement le roi, l’échine courbée, sans arrière-pensée. Quand bien même il reprendrait sa place, il finirait muselé comme un chien.

Tu dois tout faire pour vivre.

La phrase résonna dans son esprit comme une cloche, comme une idée fixe à laquelle se raccrocher encore. C’était donc ça, que lui transmettrait cet homme ? Si éloigné de ce qu’il était et pourtant , ils avaient tout deux été changés de la même façon.

Puis Heath partit. Sans autre forme de procès. Probablement que la situation ne le mettait pas à l’aise. Ils étaient à deux doigts de parler trahison contre la couronne. Il n’était pas en vie pour avoir crié ses opinions sur les toits. Vanya mit son cerveau en marche. Puis s’élança souplement à sa poursuite pour lui foncer dedans.

Quelques secondes plus tard, le blond se détacha d’un bond et leva le paquet de cigarettes de son aîné à sa hauteur.

«  … Je viens de vous voler, peut être devriez vous me traîner quelque part pour m’apprendre ce qu’on fait aux jeunes recrues rebelles ? » Proposa t il alors que son bras tremblait a moitié. Il savait qu’il risquait bien évidemment de se prendre une rossée mémorable pour que son excuse paraisse valable aux yeux du moindre témoin de la scène.

Mais après tout, s’il parvenait encore à arracher quelques mots au brun, il était prêt à prendre les coups. Il était prêt depuis dix ans à souffrir pour avancer.

Il le regarda, mais ses yeux ne trahissaient pas de défiance. Mais bien une prière, celle de ne pas finir cette conversation dans cette ruelle ainsi. Non, Heath n’y verrait aucune haine. Il en était bien incapable en cet instant. Déjà, Vanya avait séparé sa main de l’arme qui allait abattre les Strashko. Il aurait aimé concentrer sa rage sur lui, et sur tout ceux qui étaient impliqués mais il en était incapable. Du moins pas pour le moment. Il espérait un jour enterrer les sentiments qui faisaient tourner sa tête en cet instant. Des torrents d’émotions qui semblaient le rendre faible.

La façon dont il serrait le paquet de carton semblait rappeler le salut militaire. Pouvait-il croire en l’armée? Il pouvait croire que celle ci s’employait au moins à protéger les civils, à combattre pour la liberté aussi. Il y avait désormais peu de vérités auxquelles se raccrocher. Le cadre que lui apportait l’entraînement de l’armée lui permettait au moins de ne pas perdre l’esprit. Et désormais, deviner sous le vernis d’Heath qu’il n’était pas seul le soulageait d’une noirceur qui n’avait eu de cesse de l’envahir des années durant. Il était son bourreau et son sauveur. Et l’enfant en lui le détestait. L’adolescent le respectait et lui était reconnaissant.



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The smoke you’ve ignored is a flame you can’t contain
We circle the walls and claw at the dirt
We growl from our guts and howl until it hurts
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Je pensais sincèrement que la discussion s’arrêterait là. Je me suis lourdement trompé, la jeune recrue insista en me rentrant dedans. Je me suis simplement contenté de froncer les sourcils en le regardant, après tout je m’en fiche, mais il brandit mon paquet de cigarettes. Pour moi ce n’est rien, le vol arrive et je m’en fiche. Mais c’est lui qui remua le couteau dans la plaie en me disant, je cite : « Je viens de vous voler, peut-être devriez-vous me traîner quelque part pour m’apprendre ce qu’on fait aux jeunes recrues rebelles ? ». Il manque sérieusement une case à ce gamin ou quoi ? Je vais tuer ses parents et lui me provoque… Enfin me provoque parce que visiblement il n’a pas fini de me poser ses questions. Cette conversation est loin d’être terminée.

« Très bien. »

Alors qu’il serre le paquet contre lui, je l’attrape de nouveau par le col pour le traîner à ma suite. Molester un gamin en public est assez courant, surtout pour ce genre d’incident ridicule, mais ça permet aussi de montrer que les soldats ne se laissent pas marcher sur les pieds en donnant une bonne leçon à tous ces blancs-becs qui se prennent pour ce qu’ils ne sont pas. Dans la situation actuelle, quelque chose est dérangeant. Comme si tout était orchestré. Une discussion, la recrue qui percute le soldat pour le voler, et qui veut clairement que la conversation continue mais ailleurs. Au final il n’est pas aussi stupide que je peux le penser. Seulement, ça m’étonne. Il sait très bien qu’il n’a aucune chance contre moi mais… Je vais tuer ses parents, il ne devrait pas réagir comme ça. Il devrait réagir avec plus d’agressivité, avec plus de hargne.

Pourtant je comprends ce sentiment. Je n’ai rien fait quand mes parents sont morts. Je n’ai rien fait quand je me suis fait agresser. J’ai changé de tactique, et aujourd’hui je suis capitaine, j’ai réussi à être craint et respecté. Je n’ai pas cherché à me venger. J’ai agit différemment. Ce n’est pas plus mal. J’ai écrasé mes ennemis par la suite. Est-ce que Vanya fera de même ? Je lui jette un coup d’oeil tout en continuant à le traîner derrière moi. A une heure aussi tardive, le seul endroit où on nous fichera la paix est bien la taverne. Là où tout le monde parle fort, là où tout le monde se fout bien de ce qu’il se passe autour d’eux. Là où traînent les oreilles indiscrètes. C’est une nouvelle fois un risque, mais un soldat et une recrue qui boivent un verre, ce n’est pas non plus interdit et pas si rare que ça également.

De plus, ça nous évitera de rester dans le même secteur. Quand je suis sûr que nous sommes hors de portée de la zone délicate où nous étions, je le lâche enfin pour l’inviter à me suivre sans plus d’explications. Je me tourne néanmoins vers lui en tendant la main.


« Rend-moi mes clopes gamin. »

Tandis que je reprends mon paquet pour m’allumer une cigarette au passage, je le range une nouvelle fois dans ma poche arrière en avançant tranquillement, un léger sourire aux lèvres. Vanya m’amuse. Mais il faut que je comprenne comment ce gamin fonctionne. Je me repasse un peu la conversation que nous venons d’avoir, avant de souffler la fumée de la cigarette.

« Qu’est-ce que tu veux que je te dise de plus ? C’est pour ça que tu as fait ça. Je me répète mais t’as du cran. Ce cran te servira un jour ou l’autre, mais méfie-toi, tout le monde n’est pas comme moi. », je marque une pause en m’arrêtant pour l’attendre et poser les yeux sur lui.

« Tu es intelligent mais faible. Tu sembles en être conscient. Si tu continues ainsi, tu te feras marcher toute ta vie dessus. Alors ce cran que tu as eu en me fonçant dedans, garde-le pour l’entraînement. Si ça avait été quelqu’un d’autres, il serait à terre en train de pleurer sa mère. Toi, j’ai envie de voir jusqu’où t’es capable d’aller. »

Je lui expose la vérité. Ce que je vois de mon œil unique. Je ne le rabaisse pas, j’expose les faits qui sont sous mes yeux. Qu’il le prenne bien ou mal, qu’il se justifie ou non, ça ne changera pas les faits. De toute façon, ce n’est pas comme s’il pouvait quelque chose actuellement. Dans quelques années, il pourra sans doute, tout dépendra de ce qu’il compte faire après l’armée. Cette question, je la garde pour tout à l’heure, histoire que notre conversation ne semble pas suspecte à ceux qui écouteront « malgré eux ».

En attendant, je reprends ma marche pour continuer à me diriger vers la taverne des quartiers Ouest d’Utopia. C’est plutôt calme à cette heure tardive, mais dans cette taverne, c’est toujours à cette heure-là où la soirée bat son plein. Alors ce sera entièrement suffisant pour nous couvrir, le gamin et moi. Je lui ai déjà dit tout ce que j’avais à dire, s’il compte avoir de nouvelles réponses, il sera fort déçu. J’ai l’air enclin à parler, c’est ce qu’il pense parce que je lui ai répondu assez facilement, parce qu’il est normal qu’il veuille des réponses. J’ai été indulgent parce qu’il avait attendu toute la journée pour me trouver, et je dois avouer qu’il m’a impressionné sur le coup. Je suis persuadé qu’il arrivera à faire pas mal de bonnes choses, s’il arrêtait de se prendre pour un faible et surtout s’apitoyer sur son sort. C’est ce que je ressens. Il se laisse marcher dessus, il s’adapte moyennement bien à cette vie parce que ce gamin avait tout avant de ne plus rien avoir. Je pousse la porte de l’établissement en lui jetant un œil.


« Trouve une table, je te rejoins. »

Sur ces mots, j’entre après lui en refermant la porte. Effectivement je ne m’étais pas trompé, la pièce est composée principalement d’hommes qui font la fête, c’est assez amusant à voir. Pourquoi je laisse Vanya aller tout seul chercher une table ? Eh bien je veux voir comment il se débrouille tout seul pendant que j’ai le dos tourné. Ils ont tous vu que j’étais avec lui, et que ça va chier si quelqu’un touche au gamin. Pourtant quand l’homme est ivre, il fait n’importe quoi. Vanya doit apprendre à se défendre face à tout ça. Il ne vivra pas dans son cocon doré toute sa vie. La vie ne lui fera pas de cadeau. Jamais. C’est marche ou crève.

Je me rends jusqu’au comptoir pour échanger quelques mots avec le barman. Son établissement pue le poisson. C’est immonde comme odeur. Mais c’est l’odeur de la vie, et même si c’est un district de bourges, ça ne les empêche pas de redevenir comme tout le monde l’espace d’une soirée. Tous les nobles sont propres sur eux, montrent une très bonne image d’eux-même, et quand ils sont loin de leurs maisons, leurs femmes, ils redeviennent des hommes comme n’importe lequel, qui boit, qui jure et qui sait faire la fête. Je reste au comptoir en surveillant Vanya des yeux. J’attends qu’il s’installe avant de le rejoindre. C’est un test, pour savoir s’il a vraiment ce cran que je lui trouve depuis le début ou s’il se dégonfle à la moindre difficulté.

C’est un peu comme son baptême du feu. On ne sait pas ce qui peut arriver dans un bar. C’est ça qui est bien. C’est l’endroit le plus imprévisible avec tous ces hommes bourrés, avec leurs blagues de beaufs à deux balles. Mais c’est bien ce que je recherche actuellement avant de poursuivre notre conversation.
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Vanya Strashko
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Dim 3 Sep - 13:16


« Every breathe you take -
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ft. HEATH F. BASKERVILLE




Sa stratégie sembla fonctionner. Il n’était pas le meilleur avec ses poings et ses pieds, mais son esprit était déjà capable de s’adapter. Il essayait de capter la personnalité de son supérieur, de le comprendre. De se glisser de l’autre côté du voile. Il ne comptait pas jouer les grands manipulateurs, ni les intriguants. Vanya souhaitait simplement trouver un moyen d’atteindre ses objectifs. Pour l’heure : comprendre.

Que s’était-il réellement passé ? Cette histoire de trahison … Fumeuse. Puis pourquoi son frère s’était-il coupé la langue ? comme l’avait dit Heath, la vérité était un serpent vénéneux , charmant et létal. Mais de là à se trancher l’organe de parole ? Que savait-il ? Que lui avaient dit ses parents ? Que cachait Andreï Strashko, son vénérable père? Les notes étaient dissonantes, et il était si jeune. Effectivement incapable de tenir le poids de la vérité. Pourtant …

Ils se mirent en route. Non, Heath l’attrapa par le col comme on attrape un chaton après avoir récupéré son paquet et allumé une blonde. Et il le traîna sous le regard indifférent des autres militaires et badauds. Qui en avait quoi que ce soit à foutre de voir un gosse et une brute - non un supérieur - se promener ainsi ? Le blond en était reconnaissant à son aîné. Il avait tant à lui apprendre, au final. Il était lui, bien plus vieux, bien plus fort, bien plus malin.

«  Je sais. Je sais que je suis faible et je compte bien travailler dessus. J’ai déjà pris de sacré coups à vouloir faire le malin. Ca fonctionne quand les personnes en face ne sont pas impulsives ni violentes . Mais une bonne réplique ironique me garantit un un poing dans la gueule une fois sur deux. J’ai fini par apprendre à me faire plus souvent, et à faire plus de pompes. Mais une fois que je serais au niveau … je ne compte pas … vraiment changer . Je suis comme ça. Puis je ... Vous c'était différent. C'est .. Important. » Il haussa les épaules lentement en répondant à Heath.

Pour l’heure, et alors qu’ils traversaient les rues silencieusement, il prenait conscience de la faiblesse de son corps. Il n’était pas taillé pour se défendre, pas plus que pour attaquer. Il fallait que ça change. Il savait déjà que les épreuves l’attendaient. Ne serais-ce que dans son propre dortoir. Il était terrifié par les garçons de la bande de Lancaster. Matthew de son prénom. Ils en avaient toujours après lui. Ils le poussaient, le chahutaient. Parfois, Vanya prenait un coup gratuitement. Noble de merde. Connard de privilégié. Espèce de gamine. Ils ne cessaient de le comparer à une femme. La finesse de ses traits était-elle en cause? Rien d’avantageux dans un contexte tel que celui de l’armée.

Les femmes étaient-elles faibles ? Non . Il en connaissait quelques unes qui ne faisaient rire personne. Et lui était considéré comme moins que rien, comme une poussière dans le chemin des gaillards qui avaient arraché à la force de leur dents un chemin dans la jungle urbaine. De quoi se remettre en question .

La taverne où ils débouchèrent puait le poisson, la crasse et l’alcool. Les hommes s’étaient réunis bruyamment et de façon aléatoire. Certains groupes excédaient les dix personnes, tandis que d’autres se contentaient de boire seuls. Vanya observa son supérieur lui échapper, se rendant au bar en lui confiant la tâche de leur trouver une table. Il en avait repéré plusieurs, mais la perspective de passer dans la marée humaine ne lui plaisait pas d’avantage que ça. Ses doigts fins tirèrent sur le haut de sa cape, dégageant ainsi son visage. Il faisait chaud, c’était quasiment étouffant. Et humide.

Mais Vanya avait repéré une table dans l’angle de la salle, avec deux blancs à dossier qui faisaient dos au reste. Un bon endroit pour que la conversation ne soit pas entendue. L’objectif accroché au fond de la prunelle, il entreprit d’avancer souplement entre les convives. Une choppe de bière lui passa devant le nez. Elle venait d’être lancée par un roux énorme; qui riait a moitié avec son comparse. Ou alors peut être était il furieux. Dans tout les cas très imbibé. Il brailla un peu, mais la choppe s’était écrasée derrière le crâne d’un autre militaire que Vanya ne connaissait pas. Il semblait faire partie des forces spéciales. Parfait. Le type se retourna, cherchant d’où venait le projectile. Le blond haussa simplement les épaules, il était évident qu’il n’avait pas vu ou bu de bière pour l’instant. Il entendit quelques voix, beaucoup s’étaient retournés en attendant la bataille.

Vanya lui prit le parti de ne pas prendre racine et avança simplement avant d’entendre un très caractéristique «  oh gamine tu prends combien » . Il roula des yeux, puis quitta définitivement sa cape, ôtant le doute sur la nature de son genre. Silence un peu gêné, puis quelques rots avant que les conversations ne reprennent de leur côté. Il ne répondait pas aux provocations du genre. Il avait déjà bien trop pris de coup au camp d’entraînement après s’être rebellé contre Matthew. Sauf que Matt avait une extension de dix gars tout aussi baraqués avec lui. Donc la fermer était parfois un gage de bonne santé.

Passant près d’une table, il manqua de renverser une cruche et la rattrapa au vol, la reposant avec précaution sous le regard noir de deux types. L’adolescent hocha la tête et marmonna un «  A la votre, remplissant leurs deux verres à ras bord. La vue du liquide ambré calmé les loups et il put enfin atteindre la table qu’il avait choisi pour Heath et lui, s’y échouant lourdement. Cet endroit ne lui plaisait pas. Il puait, les hommes puaient, et lui se sentait comme dans un piège géant. Mais il ne pouvait s’empêcher de détailler la faune. Ici, trois malabars, là un grand maigre à qui manquait trop de dents. Il y avait les taiseux, ceux qui jouaient aux cartes avec quelques pièces, ceux qui étaient simplement venus discuter, ou encore ceux qui attendaient le bon moment pour se battre. Adossé au coin du mur, l’adolescent avait déjà calculé la sortie la plus proche et la plus simple. Sauter par dessus le banc, longer le mur, puis monter sur la grande table pour y courir, et enfin se jeter par la porte ouverte.

Ou alors grimper sur le rebord du mur et l’utiliser pour saisir la fenêtre à deux mètres trente du sol pour se laisser tomber de l’autre côté. Plus simple. Il avait déjà l’habitude de se glisser partout au camp, filant parfois aux cuisines par les moyens les plus curieux. La souplesse avait du bon, la finesse du corps aussi. On pouvait alors étudier les chemins les plus originaux. Une chance pour lui qui n’avait pas le vertige et dont l’adresse compensait le manque de technique. Personne ne savait mieux grimper aux arbres que Vanya, qui depuis tout petit avait fait de son jardin son terrain de jeu.

Enfin, il fit un signe au brun pour qu’il le rejoigne, légèrement renfoncé dans l’ombre.

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