Doppelgänger / Erwin

 :: † PampaLand :: ✘ Past Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Vanya Strashko
Apprenti soldat
avatar
Missives : 48
Soldat depuis le : 14/07/2017
Vieillesse : 25
Localisation : District de Trost
Dim 16 Juil - 18:17


« Doppelgänger »

ft. Erwin Smith




La salle de balle était illuminée de mille feux. On pouvait voir sur les nombreux miroirs richement décorés les reflets des chandeliers en crystal qui déversaient leur chaude lumière sur les convives qui dansaient, conversaient ou mangeaient ici ou là.

Les couleurs éclatantes des robes des dames offraient un kaléidoscope fantasque alors qu’elles tournaient autour du petit Vanya. Parfois, une étoffe de satin de soie venait caresser la peau du garçon dans un éclair de vert émeraude, de rouge carmin ou de jaune soleil .

Vêtu d’un gilet bleu nuit, d’un pantalon de velours noir et d’un jabot immaculé, il avançait parmi les danseurs chevronnés en évitant habilement ceux qui, trop téméraires faisaient soudainement irruption dans son champ de vision. A 8 ans, ces grandes robes et ces longues jambes lui donnaient l’impression d’être un tout petit être dans un monde de géants.

Mais la musique était bien trop délicieuse pour qu’il ne pense à autre chose. Elle l’enveloppait tout entier, berçant son coeur dans le chaos des voilages et des rires. Toccata & fugue en D mineur. Les musiciens du roi étaient venus à la demande expresse d’Elsa, qui ne tolérait que le meilleur. Et les violons emplissaient l’espace avec violence, mêlant leurs cris aux effluves de vin. Vanya s’arrêta à leur niveau et resta là, les bras pendant le long du corps alors que son coeur menaçait clairement d’exploser. Il se sentait si vivant. Si empli. La passion le grisait, il souriait même, et son visage tout entier de rayonner lui qui, si froid, ne parlait qu’en de rares occasions comme le lui avaient si bien appris ses parents.

Une main gracile se posa sur son épaule. Il savait à qui elle appartenait, son parfum l’ayant annoncée avant même qu’elle ne le touche. Elsa, son professeur. Sa tutrice. Plus glaciale encore que ses parents eux-mêmes. D’une beauté sans égale, elle s’était parée du même bleu que l’enfant, la taille enserrée par un velours damassé aux motifs discrets mais travaillés; rebrodé de perles blanches qui coulaient en cascade de sa poitrine jusqu’à la jupe de sa robe. Ses poignets graciles étaient ornés d’une dentelle fine qui courrait jusqu’à la racine de ses longs doigts de pianiste. Quant à ses cheveux, ces longs cheveux blonds qui attisaient les passions secrètes des hommes de la cour, elle les avaient en chignon complexe, où la lumière se brisait comme sur un diamant sur les nombreuses aspérités des mèches qui se chevauchaient.


Elle était de loin la plus belle femme de ce bal. Elle l’avait voulu, et ne laissait aucune chance aux autres concurrentes qui pourtant avaient rivalisé de créativité pour se distinguer. La pianiste royale se pencha et approcha son visage de celui de l’enfant pour lui murmurer quelques mots, et enfin l’attirer avec elle jusqu’au buffet. Non loin de là un jeune homme se tenait, rigide. Ses mâchoires serrées, il semblait se forcer à ignorer Elsa qui couvrait l’enfant de caresses froides.

Vanya, lui ne semblait pas se formaliser de l’attitude de l’adulte. Elle n’était pourtant pas aussi tactile. Il sentait ses ongles glisser sur sa petite mâchoire et redessiner les contours de ses traits angéliques. Il ne se posait pourtant qu’une question : qui était donc cet homme ?

Codage by TAC
Revenir en haut Aller en bas
Erwin Smith
Bataillon d'Exploration •• Commandant
avatar
Missives : 369
Soldat depuis le : 07/05/2017
Vieillesse : 35
Localisation : Dans son bureau... ou dans ses quartiers... Mais essayez le bureau d'abord.
Ven 28 Juil - 21:36
" />) center center; background-size:100%">'' They were all slaves to something. ”

« Ne me tourne pas le dos, Erwin. »

La voix n’était qu’un murmure entre deux gorgées.
Ses lèvres carmin emprisonnaient une coupe de vin presque vide.
Les yeux de givre de la blonde semblaient s’enflammer d’un amusement incandescent alors qu’il sentit son bras être frôlé par sa poitrine.
La sensation du tissu qui s’évasait pour mettre la chair en valeur.
Le parfum d’une fraicheur décadente.
Les gouttelettes de sueur qui longeaient sa nuque.
Le bleu trop vif infusé par les lumières des chandeliers.
Le couloir trop désert.
La solitude.
Et Elsa.
L’étouffement.
Le manque d’espace.
D’existence.
D’appartenance.
De contrôle.

«  Recule, Elsa. Articula-t-il sous son apparence inébranlable trahie par la sècheresse de sa demande.

Non. Son ordre.
Il ordonnait à Elsa Wolff de reculer.
De s’éloigner.
Droit et fier, Erwin se sentait pris au piège.
Son bras soudainement enrobé par les seins encore ferme et pâle, il allait contre son dégoût pour ne pas la repousser violemment.
Contre la nausée.
La bile qui remontait dans sa gorge.
La brûlure trachéotomique qui ravageaient tous ses sens pour les fixer sur une seule et même sensation : Elsa.
Toujours Elsa.
Encore Elsa.

Partir.
Erwin devait partir. Maintenant.

Quarante-sept minutes plus tôt.

Si Keith Shadis n’avait pas insisté sur sa présence au bal d’été qu’organisait les Strashko, Erwin aurait, sans le moindre doute, refusé.
C’était un fait indiscutable.
Un fait inébranlable.
Toutefois, Keith était un homme très persuasif quand il le voulait.
Il avait besoin d’Erwin Smith pour des tâches précises.
Il se souvenait clairement de la voix catégorique du Commandant quand il s’était mis à élaborer les possibilités économiques.
D’abord avec son leitmotiv : « L’argent, c’est le nerf de la Guerre, Erwin! »
Comme s’il ne le savait pas déjà. C’était un sujet qu’ils abordaient tous les jours.
Chaque jour.
Sans faute.
Ensuite venait l’insupportable rengaine sur l’importance des biens et services que pourraient leur apporter le Duché.
Créer des liens avec l’un des producteurs majoritaires de porc et de vin était un mal nécessaire.
Une denrée alimentaire versus un produit de luxe.
Leurs hommes méritaient certains privilèges... Plus que quiconque.
L’argument était d’abord pratique… puis valable… Pour finir sur note sentimental.
Erwin n’en retint pourtant que le nécessaire.
Si le Bataillon venait à manquer de ressources, les Strashko, avec leur fortune, pourrait devenir un actionnaire très intéressant.
Ça aussi, c’était un fait… Mais restait-il encore qu’ils les convainquent…
C’était là qu’Erwin entrait en jeu : c’était son talent particulier, convaincre.
Après une discussion de plusieurs jours qui s’était terminé par une acceptation de dépit, le soir du 21 juin 843, Erwin et Shadis avaient quitté le quartier général pour se rendre à Sina.
L’un dans l’anticipation des futures opportunités qui s’étaleraient devant un, l’autre à reculons, appréhensif de qui il pourrait rencontrer dans l’enceinte du troisième Mur.

La demeure Strashko était drapée dans les atours carnavalesques de la haute société.
Les couleurs trop vives, les joyaux trop apparents, les corsets et les cravates trop asphyxiants, les coiffures trop extravagantes, les habits trop lisses, trop immaculés, crinolines trop handicapantes ; la musique abominablement séduisante ; la nourriture écoeuramment abondante.
Faux sourires, faux regards, faux mots, faux-semblants.
C’était la laideur de la beauté factice à son apogée.
Une laideur charmante sous les fardeaux des fards trop blancs et des lèvres trop rouges.
Les carreaux noirs et blancs du plancher donnaient à la pièce une impression d’échiquier de vaudeville.
Les pièces toutes aussi malignes les unes que les autres, se battant pour les deux partis, sans savoir qui gagnerait : ils étaient à la fois alliés et ennemis.
L’homme était un loup pour l’homme.

Vers les vingt-trois heures, le Bataillon fût annoncé et accueilli dans un mélange de désapprobation et d’acclamation.
Certains Sang Bleu devaient plusieurs de leurs richesses à certaines découvertes lors des Explorations : c’était ceux qui voyaient un intérêt économique en eux… Le seul intérêt plausible dans leur situation actuelle.
Mais le reste était dégoûté : une dépense inutile de taxes et des pertes colossales de nourriture et d’équipements pour quelques imbéciles prêts à se faire tuer au premier ordre.
De la chair à Titans. Rien de plus, rien de moins.
Avec Shadis à sa droite, Erwin se serait senti plus à l’aise s’il avait pu éviter tout contact direct ou indirect avec la noblesse Sinienne.
Même s’il savait jouer comme eux, parler comme eux, bouger comme eux, il se sentait sur la corde raide, étrangement épié et reconnu sous les murmures de quelques familles avec qui Tywin Wolff avait fait affaire autrefois.
L’enfant n’était peut-être plus, mais certains traits ne mentaient pas.
Les yeux.
Ses yeux.
Bizarrement bleu. Trop bleu… Ceux qu’ils avaient observé de l’autre côté de la pièce.
Ceux qui venaient tout juste de rencontrer les siens.
Les bruits s’enterrèrent.
Erwin se trouvait désormais en plein milieu de la pièce.
Seul à seul avec la seule personne qu’il aurait souhaité éviter.  

Elsa.
Elsa et ses cheveux trop blonds.
Ses yeux trop bleus.
Sa beauté trop vraie.
Riant aux éclats, battant des cils, dansant comme si l’endroit lui appartenait… Parce que tout le monde dans cette pièce appartenait de près ou de loin à la richesse des Wolff.
Ses reins qui se faisaient agripper par quiconque avait le courage de lui susurrer des plaisanteries à l’oreille les lèvres s’égarant à sa tempe.
Ses membres graciles qui caressaient un jeune garçon de moins de dix ans, sans doute.
Féminin.
Très féminin.
Lui aussi blond aux yeux bleus.
Très frêle. Trop frêle…
Et ce visage.
Pendant un instant, Erwin se sentit basculer quinze ans en arrière, en train de leurrer sa propre image.
Ce malaise.
Cette déstabilisante sensation de déjà-vu.

« Smith. »

La voix de Shadis le sortit de sa torpeur, raspirer dans la réalité.
Le Commandant lui servit un verre de vin, les sourcils froncés. Il savait ce que voulait dire cette expression : il avait perdu ses moyens l’espace de quelques secondes.
Juste assez pour qu’on le remarque… Pour que Keith le devine.
Il resta un moment incertain de quoi dire ou quoi faire.
Il serra la mâchoire, redessinant sa posture. Calme. Rester calme.
Il prit la coupe qu’on lui tendait, suivit son Supérieur parmi les invités, évitant tout contact avec la Reine en Bleu qui, pourtant, était partout et nulle part en même temps.
Un spectre... C’était ce à quoi elle lui faisait penser.
Quelque chose de trop présent malgré la distance.
De concret et d’abstrait en même temps.
De profondément rebutant et séduisant.

La soirée s’était déroulée comme prévu jusque-là.
Jusqu’à ce qu’elle intervienne, qu’elle se pavane, qu’elle se colle sur Keith Shadis comme elle se pendit au bras d’Erwin Smith.
Keith avait fait comme tout le monde : il s’était plu à voir la descendante des Wolff prendre un intérêt en Erwin.
S’il avait su…
Et tandis que le Commandant faisait son possible pour laisser son subalterne entre les filets de la belle enchanteresse, Erwin ne pouvait s’empêcher de vouloir disparaître.
Son cœur battait à la chamade.
Ses poumons rétrécissaient.
Son ventre se contractaient aux moindres mouvements.
Et tout s’arrêta quand elle le fit reculer jusque dans un des couloirs de la demeure Strashko, l’emprisonnant entre son corps et la fenêtre.
Le corps à contre désir.
Le souffle à contre respire.
Ils étaient coupés du monde…
Et Erwin ne voulait qu’y revenir.

23h52.

« - Ne sois pas si dramatique. »

Dramatique.
Erwin s’était crispé.
La main droite d’Elsa traçant sa mâchoire avec affection, presque admirative.

« Qui aurait cru qu’un jour, mon propre fils aurait le culot de remettre les pieds à Sina. »

Son ton était trop sulfureux pour être un reproche.
C’était une remarque presque attendrie, calme, posée.
Le genre de ton que lui-même utilisait lorsqu’il tentait de convaincre, de rassurer.
Erwin ne pouvait pas croire que tout ce qu’il haïssait en ce monde se tenait devant lui, reproduisant ses propres expressions, ses propres méthodes.

« Je ne me répéterai pas. »

Il était incertain de ce qu’il avançait.
Et encore plus lorsqu’elle se rapprochait, roucoulante, tendre, quasi amoureuse en se plongeant dans les iris d’hiver qu’ils partageaient.
De leurs bouches qui épousaient les mêmes formes, jusqu’au baiser qu’elle posa sur son menton, amusée pendant qu’Erwin était horrifié.

« Personne ne me fait disparaître, Erwin. »

Et elle s’était retournée, le laissant en plan. Seul.
Seul avec le bruit des talons qui s’éloignaient calmement, presque gaiement.
Erwin sentit toute sa constance le quitter.
Il se retint avec le rebord de la fenêtre, passa une main sur son visage, tenta de reprendre son souffle tandis que des sueurs froides coulaient dans son dos.
Ses oreilles n’entendaient même plus le son de la musique dans l’autre pièce.
Ni les éclats de voix.
Il n’y avait que le cillement imaginaire qui le clouait sur place.
Sa vision trouble.
Son cœur aussi.
Il redevenait l’ombre d’Elsa Wolff.

---

Dans la salle de réception, Elsa restait paisible, un sourire charmant sur sa bouche.
Tendrement, elle  vint se poser tout près de Vanya qu’elle avait laissé seul pendant plusieurs minutes déjà.
Elle s’installa derrière lui, calla ses mains sur ses reins tandis qu’elle posa ses lèvres sur sa tempe :

« Que dirais-tu de jouer pour moi, Mon Trésor?

Elle voulait que tous entendent…
Mais surtout qu’Erwin entende.
Personne n’était irremplaçable.
Personne excepté Elsa Wolff.


© 2981 12289 0

______________________________


“Someone who cannot abandon everything
cannot achieve anything.”  
 
Revenir en haut Aller en bas
Vanya Strashko
Apprenti soldat
avatar
Missives : 48
Soldat depuis le : 14/07/2017
Vieillesse : 25
Localisation : District de Trost
Sam 29 Juil - 22:25


« Doppelgänger »

ft. Erwin Smith




Music Theme

« Non. » la voix du duc de Strashko résonna dans la salle, tout comme le bruit du verre qu’il reposait sur son bureau.

Autour de lui, de nombreux hommes. Certains vêtus de costumes, d’autres aux atours religieux, d’autres encore en tenue militaire.

« Non. Nous ne pouvons rien envisager de tel »

La noblesse se tourna vers lui, et plusieurs regards désapprobateurs se posèrent sur l’homme qui était représenté sur le tableau devant il se tenait de toute sa stature. De longs cheveux blonds, presque gris, noués par un ruban du même bleu que ses yeux. Une veste de la même couleur et un costume blanc impeccable venait parfaite la tenue de ce dernier.

« Notre savoir n’est ni une arme, ni un outil. Je sais que vous tous souhaitez le meilleur… »
« Le roi est fou » coupa un homme aux cheveux courts, roux, qui portait la tenue des prêtres du mur.
«  Le roi est fou, et il entraînera ce monde dans sa chute. Il est bien trop vieux, bien trop fatigué. Il y a bon nombre de jeunes hommes vigoureux qui pourraient prendre sa place, et nous savons tous qu’il n’est pas légitimement assis sur ce throne, la brèche est depuis trop longtemps ouverte. Ensembles, nous pourrions très bien bouter ce fou et reprendre le flambeau. Un roi vaillant utiliserait le bataillon d’exploration pour retrouver ce qui nous a été pris. Puis cesser cette couture activité de l’armée. Nul n’a besoin de s’aventurer au delà de Maria. »


Le duc posa ses doigts être ses sourcils et songea à la guerre, à la menace. A leur fragile équilibre.

« Oui, les civils meurent. Oui, même les nobles croulent sous les impôts. Mais que faire après cela, hum ? Ordonner sagement aux bataillons de ne pas continuer plus loin ? Les assigner aux portes comme si de rien n’était ? S’ils gagnent cette bataille avec tout nos moyens, quelle serait la raison qui justifierait un arrêt soudain de la reconquête de l’humanité ? » Dans le boudoir le silence se fit.
«  Ces hommes qui meurent là-dehors ne savent pas ce que nous savons. Ils saignent, ils perdent fils, frères et pères. Au nom de cet idéal factice qu’est la liberté. Et que dirait un peuple plus prospère si on l’empêchait d’évoluer ? »

«  Rien du tout. » Siffla l’ecclésiastique. «  Rien du tout, car si le peuple mangeait à sa faim, dansait et buvait son saoul, il aurait bien plus à perdre. Un homme qui se bat aveuglément au péril de sa vie n’a pas une place chaude dans un lit luxueux quand il rentre chez lui. Il ne mange pas de la dinde à chaque repas et ne se distrait pas une fois chez lui. L’homme est faible, et s’il est installé dans une vie confortable, il n’ira pas la risquer pour un Erwin Smith qui hurle plus qu’il ne parle. »  

Ils se regardèrent tous un instant; la discussion était sans issue. Les puissants qui s’étaient réunis en secret dans cette salle sous couvert de divertissements réservés aux nobles commettaient un crime grave. Certains souhaitaient, pour différentes raisons, faire exécuter le roi en toute discrétion. Tous y gagneraient. Plus d’indépendance, plus de liberté. Quelques uns souhaitaient même rediriger une partie de leurs richesses pour le peuple. Améliorer l’agriculture, relancer la recherche et le développement. Au-delà des armes. Moins donner à l’armée, ré-habiliter les sous-terrains, et faire de cette île le paradis dont elle portait le nom.

Le roi usait la peur, la mort et le désespoir. Eux croyaient en quelque chose de plus grand. De meilleur pour tous. Mais oui. Comment justifier ne plus vouloir sortir des murs si le soleil était au beau fixe, que les recherches avançaient et que tout le monde mangeait à sa faim. Pourquoi diable l’homme avait-il besoin de toujours étendre son champs de connaissance invariablement. Eux, les nobles, les détenteurs de la vérité savaient parfaitement que leur havre était ici. Mais ce dernier pourrissait.

«  La réunion est ajournée. » coupa le duc en reprenant son verre de brandy, plongé dans ses pensées. «  Messieurs. » il approcha de la porte et l’ouvrit a demi pour que tous puissent reprendre leur place .

Vanya était seul, désormais. Elsa était partie, l’avait laissé un moment qui lui parut une éternité. Le petit se glissa entre les étoffes et chercha la porte vitrée qui s’ouvrait sur le balcon. Il sortit et leva son nez pâle vers les étoiles. A quoi avait-il envie de penser ? Rien. Rien ne lui venait en tête. Il aurait aimé être seul , assis sur le tabouret confortable de son piano.

Vladimir, son aîné, le rejoignit une coupe de champagne à la main. Il reposa sa main fine sur son épaule et se pencha à sa hauteur. Enfin, Vanya détourna son visage de la voie lactée. Mais son aîné lui proposa de s’y replonger et lui conta les constellations . Des noms, pour des formes. Des formes qu’on pouvait imaginer en traçant des traits entre ces diamants. Fascinant.

Mais rapidement, ce rare moment de complicité fut interrompu par une voix stridente, celle d’une débutante qui venait récupérer l’attention de Vladimir. Il tapota encore son épaule puis le laissa la. L’enfant se lassa de son observation, il aurait préféré en apprendre plus sur les animaux qui se prélassaient au-dessus lui. Encore une fois, on lui avait ôté un moment de sa vie.

Il entra au moment même où Elsa se montrait. Magnifique, majestueuse même. Elle approcha de lui et le toucha. Lui releva ses yeux anesthésiés vers la déesse. Qu’il joue ? Il approcha a pas lents du piano qui était au niveau de l’orchestre. Les autres musiciens s’étaient arrêtés quand elle était arrivée. Elle déposa l’enfant sur son tabouret, et lui regarda les touches noires et blanches longuement. Son visage était fermé. Ses yeux vides de la moindre émotion.

Jouer. Devant cette foule. Il tourna légèrement pour aviser toutes ces personnes qu’il ne connaissait pas. Aucune peur ne naquit en son sein. Il ne savait dire pourquoi, mais il aurait aimé que Vladimir ne lui parle encore des étoiles. Qu’Elsa ne l’ait pas trouvé. Comme s’il respirait un gaz toxique inodore. Ses doigts fins se posèrent sur le nacre, il respirait lentement. Un vertige le prit à la tête, et l’enfant releva une nouvelle fois le visage vers son professeur .

Puis il joua. Les yeux d’abord rivés dans les siens. Les notes s’envolèrent avec souplesse. Combien de fois avait-il répété ? Combien d’heures avait-il passé face à ce piano? Quelle pensée vertigineuse. Elle n’était jamais satisfaite. Il fallait toujours travailler. Quand elle partait, travailler encore. Il était médiocre, à peine capable. Il fallait qu’il apprenne. Il fallait qu’il saigne. Et il avait saigné, tant de fois. Pourtant, personne n’avait rien vu, exception faite de sa nourrice qui ne voulut pas croire que l’instrument lui avait infligé ces blessures. Elle l’avait puni, l’accusant d’avoir grimpé aux arbres bêtement alors qu’il n’avait pas le droit d’aller dans le jardin.

Sa joue se souvenait encore. Et ses doigts avaient continué de saigner , quand, endormi sur les touches au beau milieu de la nuit, il se réveillait pour jouer le coeur battait, la nausée remontant un jet acide entre ses molaires. Jamais assez bien. Médiocre. Mauvais. Ridicule. Stupide. Minable.

Vladimir repoussa la jeune noble sur le côté et avança jusqu’à la scène. L’enfant était si jeune. Mais les notes. Parfaitement exécutées. La mélodie était lancinante, elle avait brisé les conversations comme une flèche. Elsa, elle, souriait à peine. Elle avait plié le benjamin, elle jouait au travers de ses petites mains. Elle chantait les notes dans une autre chair.

La mélodie pris plus d’ampleur, mais Vanya ne pensait qu’à ce qu’il n’était pas. Il n’était pas l’homme qui se tenait plus loin. Il ne possédait qu’un peu de son sang, bâtard mêlé. Et l’enfant, abandonné de ses parents comme on laisse grandir une plante avant qu’elle n’éclose, n’avait qu’une chose pour laquelle vivre. Des touches noires. Et des touches blanches. Et la voix glaciale qui lui rappelait qu’il n’était pas la bonne personne.

Un jour, il serait duc. Mais d’ici-là, sa vie, vide, sombrait dans les limbes d’une tristesse froide et mélancolique. Guidé par la lumière froide d’Elsa. Chacun regardait désormais le couple qui se tenait sur l’estrade. On complimentait les talents du jeune pianiste, on admirait , célébrait le professeur qui se tenait fièrement à ses côtés.

Et lui jouait. S’il ne le savait pas, il appelait pourtant à l’aide. Il hurlait du bout des doigts.


Codage by TAC
Revenir en haut Aller en bas
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en hautPage 1 sur 1
Sujets similaires
-
» Erwin
» catalogue UNI-CAT de Sänger
» Transports Erwin Vögel (A)
» Erwin est enfin disponible pour Skoda
» Transports Van Belle Erwin (B)

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Bright Shadow Rebirth :: † PampaLand :: ✘ Past-
Sauter vers: