Vanya Strashko
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Lun 28 Aoû - 19:58


« I’ve missed you somehow. »

ft. Siriel Strashko




Vanya avait marché pendant des heures. Il n’était pas sûr de ce qu’il ressentait: cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas vu son frère. Siriel. Siriel et son silence, pesant, douloureux. La voix se Siriel avait été arrachée avec le reste, perdue dans le déshonneur et la disgrâce. Jamais le jeune noble n’avait eu une explication. Rien. Il avait demandé des dizaines, des centaines de fois et seul un regard de glace lui avait répondu.

Un regard semblable au sien. Trop bleu, trop insondable. Les deux frères se ressemblaient en bien des points. Deux carrures sveltes et élancées, deux mâchoires légèrement dessinées, deux expressions impassibles.

Ce soir-là il faisait froid. Assez froid pour que la jeune recrue n’ait mis de la fourrure à son col. Heureusement, il ne pleuvait pas. S’assurant que ni Matthew ni aucun de ceux qui lui menaient la vie dure ne l’avait suivi dehors, il s’engagea sur le chemin qui menait en centre ville. Il erra donc un moment de plus, puis arriva au niveau de l’auberge où il avait donné rendez vous à Siriel. C’était un endroit ni perdu, ni particulièrement rempli. En vérité, elle passait inaperçue parmi les échoppes et sa façade était propre, mais fade. Il entra et écouta le tintement de la clochette qui n’attira l’attention d’aucun client.

Vanya quitta sa cape, puis la plia sous son bras avant de rejoindre une table. Il était en avance. Ce qui l’arrangeait, puisqu’il comptait boire un verre de vin avant que son frère n’arrive. Cherchant dans son pantalon une poignée de monnaie froissée, il négocia un instant avec le barman pour son vin. Négociation réussie au prix du double, et il fut enfin assis , son rouge entre les mains. Un vin de leur domaine, pas le meilleur, mais toujours gorgé de vie et de soleil. C’était ce dont il s’était persuadé, du moins.

Le blond avait pris le soin de s’habiller en civil, d’un épais pull à col roulé blanc qui noyait sa silhouette et d’un pantalon gris clair. Avec ses cuissardes de l’armée, sa silhouette passait pour étonnamment androgyne mais il ne s’en tenait pas rigueur. La nuit allait tomber, et peu de gens prêtaient attention à la silhouette blonde, encore petite et frêle.


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Lun 28 Aoû - 21:21
whistles & guns

       

Il avait quitté les ombres. Il avait quitté ses pierres pour avancer sous un ciel aussi délavé que les yeux des deux frères. Dans la lumière du jour, la neige crissait sous les pas de l'oisillon comme les cris étouffés de milliers de flocons écrasés dans une indifférence général surtout due aux autres bruits de la rue qui recouvraient ce son si particulier. Siriel, lui, l'entendait. Parce qu'il l'écoutait. Parce qu'il avait apprit dans son silence à comprendre les murmures perdus dans la cacophonie du monde extérieur. Un monde qu'il supportait de moins en moins. Qu'il affrontait cependant. Pour son frère.

Le soir tomberait bientôt, allongeant enfin un crépuscule salvateur et rassurant. Il accéléra, mal à l'aise à présent dans la foule, retrouvant par réflexe – et pour se protéger aussi – le maintien et l'allure qu'on lui avait inculqué, adolescent. Et pourtant, il était bien loin de l'héritier en costume de soie brodée d'or et à la coupe impeccable. A présent, ses fins cheveux blonds perlés de glace, s'échappaient d'un catogan vague juste noué par respect des convenances. Il avait également enfilé un manteau de laine grossière sur une chemise de coton épais et un pantalon d'un gris informe. Et pourtant, même ainsi vêtu, sa démarche rapide faisait se retourner les plus observateurs des passants. Il ne s'en formalisait pas, ses yeux plantés devant lui, sur son objectif, un bouge d'un quartier quelconque. Il n'était pas en avance, soucieux de semer d'hypothétiques poursuivants. Le Temple n'aimait pas laisser voler ses oisillons et il y avait toujours ce risque d'être reconnu. Il sautilla un trottoir, se glissa dans une allée, avançant dans la ville comme s'il la sentait du bout des doigts gantés qu'il laissait courir sur les murs autour de lui. Voir avec les mains. Comme elle le faisait. Ce furent ses yeux, cependant, qui lui apprirent qu'il était arrivé. Il n'hésita pas, poussa la porte.

La bouffée de chaleur qui l'accueillit le fit s'arrêter quelques secondes sur le seuil. Il cilla, laissant ses pupilles s'adapter au changement de luminosité et sa peau à celui de température. Son cadet était à une table plus loin, plongé dans un verre de vin. Il s'avança, fit signe au barman qu'il n'avait besoin de rien et se dirigea, régal, vers Vanya qu'il salua d'une main affectueuse sur le haut du crâne.

La chaise fit grincer le plancher, et il s'assit, son regard calme, triste et éteint interrogeant son vis à vis en silence. Alors, semblait-il dire sans mot. Que me racontes tu depuis la dernière fois ? Quelle est la vie, dehors ?

(c) REDBONE

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Vanya Strashko
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Jeu 31 Aoû - 19:01


« I’ve missed you somehow. »

ft. Siriel Strashko




Il sentit surtout la main. Elle s’enfonça dans ses mèches blondes et les souleva une seconde avant que ces dernières ne retombent sur son crâne. Combien de fois avait-il reçu ce geste . Assis devant son piano, absorbé par les notes. Dans le jardin, somnolant devant la grande fontaine un soir d’été, avant d’entrer dans la salle de bal quand le bruit des robes et des verres lui faisaient encore peur. Un geste familier, rassurant. Qui ne se pratiquait pas en public mais seulement entre eux deux. Un geste qui apaisa son coeur agité de questions et de pensées confuses.

Le calme se fit, il leva les yeux et regarda Siriel qui s’asseyait lentement face à lui. Toujours la même carrure, le même visage taillé dans la glace. Les mêmes yeux - les siens, aussi-. Ils partageaient beaucoup de traits . Les cheveux d’or, les mains fines, la fine ossature. Vanya porta son verre à ses lèvres, but une gorgée et soupira . Il aurait aimé entendre le son de sa voix qu’il avait oublié, mais qu’il fantasmait désormais . Une voix grave, calme, posée. De son souvenir il n’avait jamais été incommodé par la tonalité de celle ci, qui l’avait parfois bercé. L’adolescent se tortilla sur sa chaise et jeta encore un coup d’oeil de sureté. Oui, Bonnie s’occupait bien de lui. Elle ne lui avait pas fait payer sa trahison, d’ailleurs il semblait même qu’elle avait refermé ses serres sur son frère. Et lui ne pouvait pas lui demander. Pas lui poser de question naturellement . Bien sur il avait dans la poche de sa cape du papier et un crayon - nul doute que Siriel en avait apporté lui aussi -. Il soupira longuement, pour le moment, il pouvait commencer.

«  Siriel. Tu n’as pas changé, heureusement. Je pense que tu vas bien … ou comme tu pourrais aller. Je suis … soulagé de te revoir. Je sais. Tu ne peux plus me répondre. Tu dois te demander comment je me porte . Le camp se passe… Plus ou moins bien. Je ne suis pas bon. Je ne suis pas un bon combattant, mais je ne pense pas que tu sois surpris mon frère. Un caporal essaye de me mettre sur la voie mais … Je n’y arrive pas. Pas vraiment. Et avec les autres… je ne suis qu’un noble. Certains viennent d’endroits misérables, et ne m’apprécient pas. Pas du tout » En vérité il était effrayé par plusieurs d’entre eux.

Matthew tout particulièrement. Et ses cheveux châtains, sa haine pour le Strashko et sa façon perverse de poser les yeux sur lui. Il cherchait parfois à l’acculer, le comparait à une femme. Il le poussait, le cherchait. Lui ne répondait pas. Mais Vanya le fuyait comme la peste désormais.

«  Je ne sais pas quelle voie choisir après le camp d’entraînement. Je ne serais pas dans les forces spéciales … je suppose que je choisirais la brigade. Je ne suis pas fou, je n’irais pas dans les bataillons d’exploration, pas si … » pas si je veux retrouver ma place. Notre place. Il laissa sa phrase en suspens.

«  Sais-tu quand nos parents seront… Tu sais que c’est le soldat qui nous as trouvés qui va se charger d’être leur bourreau ? » Heath. Cet homme sombre qu’il avait suivi dans les ruelles soir après soir. Heath qui l’avait frappé quand il avait tenté de fuir. Heath qui pourtant les avaient tout deux sauvés d’un sort plus funeste.


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Siriel Strashko
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Sam 2 Sep - 18:38
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Les cheveux de son frère sous ses doigts, blond sur blanc, fins comme la soie qu'ils avaient laissés derrière eux. Ce geste, c'était tout ce qui leur restait de leur vie d'avant. C'était le dernier lien que la vie n'avait pas tranché. La tendresse de deux frères, tissée jour après jour dans l'intimité du grand domaine. C'était un trésor que l'on ne leur avait pas pris. Vanya était ce qui maintenait Siriel en vie. Vanya, c'était le monde. Un monde adolescent, mal dans sa peau, un peu trop maigre et souvent maladroit. Un monde imparfait et pourtant en construction. Presque gêné par cette démonstration d'affection qu'ils partageaient souvent en privé – à l'époque déjà lointaine où ils avaient eu un privé – il retira rapidement ses doigts, s'installant devant son cadet qu'il dévisage de ses yeux neutres et vides.

Il y vit les stigmate de la vie difficile de garnison, les cicatrices cachées du vide laissé par leur vie d'avant, la fatigue et la peur, celle d'échouer, la pire peur au monde. Il avait envie de lui dire que tout irait bien. Il aurait voulu pouvoir le rassurer, l'assurer qu'il n'était pas seul puisqu'ils étaient là, qu'il serait parfait dans son rôle et que s'il avait besoin d'aide, son aîné ne l'avait pas abandonné. Il avait envie de prendre cette main, plus large et moins douce que les siennes. Il avait envie de voir autre chose que son reflet dans les traits encore enfantins du petit. Il voulait y voir de la joie. Il voulait y voir de la colère. Il voulait y voir le monde. Il n'y voyait qu'inquiétude et malaise. Il ne dit rien – comment aurait-il pu – mais il n'exprima pas non plus sa propre angoisse. Inutile de charger le petit avec un fardeau qu'il ne pourrait pas porter.

Et les mots commencèrent à sortir. Je vais bien,répondit-il avec le regard immensément triste qui était le sien lorsqu'il se décidait à exprimer quelque chose. Puis, il redevint attentif, réfléchissant aux propos sortis de la bouche de son frère. Il avait plus d'expérience que le petit en combat. Cinq ans de maître d'arme en plus changeaient parfois la donne et les explications privées du Duc leur Père lui avait fait comprendre beaucoup de chose. Il pencha la tête, pensif, essayant très fort de communiquer mais c'étaient des concepts beaucoup trop complexes pour les dire juste avec les yeux. Un peu agacé par la situation dont il était pourtant seul responsable, il ferma les paupières, juste un instant pour se reprendre, hochant la tête lorsque le petit parla des brigades et des sous entendus. Oui. Tu dois vivre, petit frère. Nous devons reprendre la place que nous avons perdue. Sa détermination était visible, palpable quand on le connaissait bien. Il étendit sa main qu'il posa sur celle du cadet, la serrant avec force. « Je serais avec toi, je vais t'aider, je te soutiens » disait la main. « Tu peux t'appuyer sur moi. » Son étreinte se fait cependant plus forte lorsque le nom de Heath est prononcer et cette fois c'est la colère qui passe dans leur étreinte. Il le lâche. Pour ne pas le blesser. Il n'aime pas cet homme. Il le hait. C'est lui qui a brisé son cœur. Son rêve. Ses rêves. Ses vies. Il n'arrive pas à lui être reconnaissant de les avoir laissé en vie. Ce n'est qu'une malédiction de plus. Vivre pour se rappeler chaque jour de ce qu'ils ont perdus.

(c) REDBONE

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Vanya Strashko
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Lun 4 Sep - 12:15


« I've missed you somehow »

ft. Siriel Strashko




Le silence de son frère contrastait avec les conversations animées autour d’eux. Des hommes parlaient forts, riaient, trinquaient, secouaient leur tête comme s’ils venaient d’apprendre la meilleure.

Vanya, lui, se contentait de lire les traits mimétiques de son aîné. Il y voyait l’assurance. L’assurance d’un amour familial qui ne serait jamais avoué. Avec, sans langue. On ne disait pas je t’aime chez les Strashko. On agissait. On se soutenait, jusqu’à la fin. Ainsi fonctionnaient les dynasties. Au delà de l’amour, il y avait la loyauté, la dévotion, l’honneur. Le sang bleu qui coulait dans leurs veines portait autant de responsabilités, de valeurs.

Et tous se ressemblaient. Il était incroyable de constater à quel point cette lignée n’avait jamais changé. Le bleu, l’argent, le blond. Il était connu que parfois les mariages au sein de la famille avaient lieu afin de maintenir la pureté du sang, pour garder les titres. Vanya aurait pu parier que son frère allait être destiné à une de leurs cousines, mais n’en avait eu la confirmation. Ni de son père, ni du concerné.

Il songea à tout ce qu’il leur restait à reconquérir. Car ils ne laisseraient pas leurs terres disparaître dans la boue. Strashko. Aujourd’hui, hier et demain. Un léger soupir passa la barrière de ses lèvres, s’envolant dans l’air. La mission allait-elle être difficile ? Surement . Allaient-ils encore souffrir ? Oui. Le prix du sang, de la peine, était un lourd tribut mais ils le paieraient. Et retrouveraient leur place au prix des ongles qui s’accrochaient à la paroi glissante qui les séparaient de la chute. On les avaient poussés du bord de la falaise, mais ils étaient encore là.

Mais bientôt on tuerait leurs parents. Le coup dur. Mais aussi le coup de départ pour les fils. La situation se résoudrait alors rapidement.

«  Ils vont être tués. Par Heath . Je le sais. Je l’ai suivi . Je lui ai parlé. Attends. » il rattrapa la main chaude qui était sur la sienne depuis maintenant de longues secondes réconfortantes.
«  Il n’est qu’une main. Je sais, moi aussi, je voudrais le haïr. Ca serait plus simple. Mais c’est une main. Siriel. Il faut que je te parle de ce qui va se passer après, et tu dois déjà le savoir. Sitôt nos parents tués, tout ira très vite. Ecoute moi. » il baissa finalement le ton.
«  J’ai récupéré nos titres. De propriété. De noblesse. Nos terres, nos biens. Tout. J’ai récupéré l’autel de notre père dans son bureau, de peur que les papiers ne disparaissent avec lui. »

Il se passa nerveusement la main sur le visage. Siriel allait-il prendre sa fonction ? Vanya allait il attendre la fin de son entraînement avant de se déclarer Duc ? Quels étaient les dangers d’une telle décision ? Que voulait faire son frère?



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